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    Mamisoa Freddy Andriamalala: « La démocratie, c’est aussi le respect mutuel »

    Mamisoa Freddy Andriamalala: « La démocratie, c’est aussi le respect mutuel »

    Economiste, politologue, professeur des universités et non moins président du Groupement national des enseignants et chercheurs des universités pour le changement (GNECUC), le Pr Mamisoa Freddy Andriamalala tient à condamner les actes visant à mettre en péril la démocratie, entre autres, une tentative d’assassinat. Pour lui, l’économie et la lutte contre la pauvreté ne devraient pas être prises en otage par la politique.

    *Les Nouvelles : Une frange de la population semble sceptique à l’égard de cet acte visant à éliminer physiquement le président de la République. En tant que politologue et économiste de formation, quelle est votre explication à cela ?
    -Mamisoa Andriamalala Freddy : Tout d’abord, notre groupement condamne farouchement le projet d’assassinant du président de la République, quelles que soient les motivations. Puis, comme la population est submergée par son quotidien, elle n’a donc pas le temps pour la politique. Les notables et les politiciens exercent une influence sur leur opinion, à travers des gestes, par exemple la distribution de vivres et d’argent durant la période de campagne électorale ou durant les périodes de déstabilisation. Mais, je ne crois pas que la population devrait se mettre à genoux devant les actes criminels visant à éliminer physiquement le président de la République.

     *Justement, quelle est votre perception de la démocratie à Madagascar ?
    – La démocratie, c’est d’abord le dialogue, le consensus, le respect mutuel entre élites politiques. La démocratie délimite les langages politiques avec lesquels on peut exprimer des revendications pour ne pas mettre en danger la paix sociale. C’est aussi une grâce accordée aux opposants qui ont commis des actes réparables. Pour autant, la démocratie, ce n’est pas critiquer systématiquement les actions menées par le président de la République. La démocratie, c’est également prêter une oreille attentive aux aspirations des opposants et aux directives proposées par le pouvoir central.
    De plus, il faut préciser que l’alternance démocratique va de pair avec la bonne gouvernance dans la gestion des politiques publiques et reflète aussi la liberté d’expression de l’opposition. Comme vous le savez, l’acte antidémocratique débouche souvent sur une crise politique qui, dans la plupart des cas, ne présage rien de bon pour la population. C’est elle qui paie un lourd tribut, sans parler des victimes de la rébellion ou des manifestations politiques. Et, faut-il rappeler qu’une alternance au pourvoir par la voie des urnes reste le modèle démocratique de référence, car la voix du peuple n’appartient pas à jamais aux politiciens.
    *Cette tentative d’assassinat est déjouée, mais y aurait-il des conséquences ?
    – Mon constat est simple, ce projet d’assassinat du président de la République, sans fondement démocratique, mais dicté par l’intérêt politique et les enjeux géopolitiques, risque de nuire aux acquis démocratiques et d’accentuer l’ampleur et l’intensité de la pauvreté frappant plus de 70% de la population malagasy. Il ne faut pas que la politique prenne en otage l’économie et la lutte contre la pauvreté.

    *Quels sont les facteurs de blocage dans la mise en place de la démocratie ?
    – Nombreux sont les obstacles à la démocratisation. D’abord, la corruption et le clientélisme politique sont des facteurs freinant le processus démocratique dans les pays pauvres comme Madagascar. La corruption politique est définie comme un troc : décisions politiques contre ar­gent. Quant au clientélisme politique, comme une faveur injustifiée accordée à une personne, souvent en échange des suffrages électoraux.

    *Pour terminer, en quelques mots, quelle est votre analyse de la gestion des politiques publiques dans notre pays ?
    -Le pouvoir en place commence à enregistrer une reprise de la croissance économique, mais ses impacts intermédiaires et globaux sur le niveau de vie de la po­pulation vont se produire dans le moyen terme, puis­que le développement est un processus long et complexe. L’afflux de l’Aide publique au développement (APD) et des Investissements directs étrangers (IDE) vont booster notre économie et améliorer le développement social. Il faut bien que quelque chose bouge pour que l’essentiel demeure.
    Pour conclure, j’emprunte cette citation de Nelson Mande, père fondateur de la démocratie africaine : « Il est très facile de casser et de détruire. Les héros, ce sont ceux qui font la paix et qui bâtissent »

    Propos recueillis par J.P

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