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Chronique: Une année en vigilance

« Souffre, tais-toi, reste vigilant », tels restent les mots d’ordre que chacun

doit s’imposer à lui-même tout au long de cette année 2018. La bataille de la

présidentielle a commencé, plus l’échéance approchera plus elle promet de

produire de rudes spectacles parfois honteux entre vicieuses manœuvres et

coups interdits. Le peuple, source du pouvoir, n’a ni mot à dire ni intervention

à entreprendre, une fois qu’il a désigné les dignitaires responsables pour un

mandat déterminé, il s’est dépossédé de toute autorité tout au long du bail.

On lui promet même bâillons et chaînes, s’il lui venait la mauvaise idée de

manifester sur la place publique pour exprimer soit des revendications soit un

mécontentement. A ce propos, on le confine dans un espace de non-droit, car

si la constitution garantit la liberté d’expression à chaque individu, un maquis

de lois en rend la pratique quasi impossible dès qu’il s’agit de groupe de

personnes estampillé non favorable au pouvoir, ipso facto présumé fauteur de

trouble, instrument déstabilisateur.

Les souhaits échangés dans la formule « gardez-vous bien, veillez sur vous »,

résonnent de tout leur sens en cette année. Gardez vous de franchir la ligne

rouge même si parfois le tracé de cette ligne vous apparait dépasser le droit et

enfreindre la légalité. Telle est la loi du plus fort, le combat serait vain et

n’aboutirait qu’à se sanctionner et à se priver de son seul droit, celui de

sanctionner par un choix sévère sans appel lors de son vote en fin d’année.

Dans cette perspective, il est des prophètes de malheur qui parient sur

l’hypothèse d’une annulation de l’élection en fin d’année, au profit d’un report

à date ultérieure, qui pour être vraiment ultérieure se conjugue au mode

conditionnel. Cette hypothèse présente le risque de voir une partie de la

population sortir de ses gonds. Que signifie sortir des gonds s’agissant d’un

peuple qui se gendarme de patience dans le seul souci de respecter

constitution et lois dans l’attente d’exercer son droit de faire et défaire les

princes qui gouvernent ? Sortir de ses gonds signifierait tout bonnement faire

sauter les verrous d’un état de droit pour se réapproprier le pouvoir et

instituer un état de crise. Le peuple sait qu’il n’a pas les moyens du luxe d’une

autre crise. Gaffe ! Cela n’entend pas nécessairement l’acceptation que des

petits malins à l’occasion d’un malentendu tentent de s’offrir eux le luxe de se

payer la tête du peuple.

Léo Raz

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