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Chronique : langues souveraines

En juin, nous célébrons la Fête Nationale. Nous célébrons aussi la langue malgache. Ce n’est sûrement pas le fruit du hasard.

En juin, nous devons communier sous la bannière tricolore qu’il faut arborer à sa fenêtre comme un militaire ses décorations car, comme le rappelle le sociologue Hemmerson Andrianetrizafy dans l’édition des Nouvelles du 9 juin, « ne pas hisser son drapeau pour célébrer le retour de l’indépendance, c’est comme renier sa patrie ». Fort heureusement, le patriotisme ne se mesure pas (encore) à l’envergure du drapeau qui pavoise les maisons.

En juin, nous sommes invités à affirmer comme le poète Di : « Andrianiko ny teniko, ny an’ny hafa koa feheziko » qu’il traduisait très joliment : « Ma langue, je la fais souveraine. Quant à celles d’autrui, je les maîtrise et les fais miennes ». Quelques disputeurs trouvent que c’est faire la part trop belle aux langues étrangères au détriment de la langue nationale.

Souvenons-nous : dix ans après l’indépendance, l’éducation nationale s’oriente vers une redistribution des langues officielles dans les écoles. L’enseignement du français devra être purement instrumental, il ne sera langue de culture que dans les lycées. Cette politique semble correspondre aux aspirations d’un grand nombre d’enseignants qui considèrent que «le français inculque à l’élève une forme de pensée et de raisonnement qui va à l’encontre des tendances naturelles inhérentes à sa personnalité de malgache*». La circulaire du 10 août 1970 précise que la langue d’enseignement des deux premières années du primaire doit être le malgache et que le français écrit ne doit être introduit qu’au troisième trimestre de la deuxième année. Mais «la malgachisation de l’enseignement primaire n’était pas respectée par la majorité des maîtres*».

Cinquante ans plus tard, un étranger scolarisé dans le système scolaire malgache est dispensé de l’épreuve de malgache au BEPC ou au baccalauréat, remplacée par une épreuve d’allemand ou d’espagnol d’une difficulté supérieure à celle que passeront ses camarades malgaches.

Cherchez l’erreur.

 

Kemba Ranavela

 

*Anne-Marie Goguel, Aux origines du mai malgache – Désir d’école et compétition sociale 1951-1972, Karthala, 2006.

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