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    Henry Douliot: journal du voyage fait sur la côte ouest de Madagascar (147)

    S’ils sont raisonnables, ils retourneront rapidement à la montagne ; sinon, ils échangeront leur toile pour du rhum et rentreront au logis les mains vides. Rien ne facilite le commerce entre les montagnes et la côte ; à partir d’Andemba, il n’y a pas de cours d’eau navigable, même pour une moulangue ; les chemins sont étroits et dangereux et il n’y a pas de bêtes de somme pour porter les colis.

    Les bœufs étaient, il y a une dizaine d’années, la richesse du Mailaka et cette richesse semblait inépuisable. On les tuait par vingtaines à Maintirano pour en saler la peau dont le prix seul payait la bête entière ; la ville était alors un charnier, qu’assainissaient heureusement les corbeaux et les milans. Aujourd’hui les bœufs deviennent rares ; une bête qui valait 20 francs en vaut aujourd’hui 40 ; un beau bœuf de dix ans, gros et gras, vaut de 45 à 50 francs. Fatoma qui jadis avait 3 000 bœufs à elle, n’en possède peut-être plus 600 et cependant le sol pourrait en nourrir cent fois plus. La diminution du nombre des bœufs tient à deux causes. La première est due à la diminution constante de la population sakalava et à l’accroissement de la population makoa ; le Sakalava, pasteur et nomade, est peu à peu remplacé par le Makoa agriculteur et sédentaire. La seconde vient de la guerre civile ; tous les jours un chef vole une vingtaine de bœufs au chef d’un village voisin ou un prince razzie les bœufs appartenant à un autre prince. Tokavy, le chef de Manomba, a perdu 600 bœufs il y a un mois ; il fera la guerre pour en conquérir d’autres, et alors on ne fait plus de cultures, on déserte les villages, on dévore les troupeaux.

    Telle est l’histoire du pays que nous traversons. Il n’y a plus de roi qui gouverne souverainement le Mailaka. Les petits princes querelleurs qui règnent aujourd’hui méconnaissent l’autorité de Fatoma et n’attendent pas sa mort pour se disputer le lambeau de territoire qu’ils désirent. Si le pays était pendant quelques années tranquille, les bœufs pourraient y vivre en foule et ramèneraient l’abondance, car c’est la marchandise la plus commode à mettre en valeur dans ce pays de montagnes ; deux hommes suffisent à conduire à la côte un troupeau de 100 têtes.

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