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Henry Douliot: journal du voyage fait sur la côte ouest de Madagascar (145)

Nous nous élevons peu à peu d’une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer et, après une longue journée de marche, nous arrivons au petit village de Tranovony, qui compte en tout neuf misérables huttes, mais où il y a plus de mille bœufs sans aucune marque aux oreilles, car ils appartiennent à Bibiasa, et les pieux du parc où sont les petits veaux sont taillés en pointe, ce qui est le signe d’un domaine royal.

Nous nous couchons encore sans dormir, car il y a beaucoup de moustiques. Le lendemain 26 avril, nous continuons à marcher vers l’est par monts et par vaux, montant de petites collines couvertes de minerai de fer pisolithique, descendant dans de fertiles vallées où coulent l’Andranomafana, l’Ambahibé aux grandes lianes, l’Ampoza, l’Antsiotsa, et nous arrivons au village de Betrano, nom menteur, puisqu’il signifie beaucoup de cases et qu’il n’y en a pas dix en tout. Quant aux habitants, j’en ai compté cinq, parmi lesquels il y a des Makoa qui y cultivent le sorgho ; la conquête de l’intérieur par les nègres commence. L’intérieur du Mailaka est un désert.

Tandis que nous nous reposons à l’ombre d’un auvent couvert, aussi grand que la case qu’il accompagne, arrivent huit émissaires de Fatoma ; ils venaient me chercher à Maintirano. L’un d’eux porte la fameuse canne à tête de jockey, signe convenu entre ma sœur de sang et moi ; cette canne dont est muni son porte-parole est comme un sceau royal au bas d’une lettre. On m’apprend que Fatoma désire un peu de gin et que son gendre est un peu tiède, c’est-à-dire, en malgache, quand on parle d’un prince, malade. Il y a beaucoup de mots qui changent de signification quand ils s’appliquent à un chef.

Quand on veut être poli et traiter son interlocuteur de gentilhomme, on l’appelle taureau, Aombilahy, et quand on veut dire de quelqu’un qu’il est un fils de famille et non un esclave, on dit : « c’est un jeune bœuf, Anakomby ».

Le bœuf joue ici le rôle que jouait le cheval à l’époque de la chevalerie ; dans les familles nobles Sakalava, on se traite de veau et de taureau, comme au moyen âge on se traitait d’écuyer, de chevalier, de maréchal, et je me trouve très flatté quand on dit de moi : « c’est un vrai taureau, Aombilahy tokoa ».

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