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Chronique : on veut du neuf

Tout ce qui brille n’est pas or. Ce n’est pas moi qui le dis mais un dicton censé transmettre et partager la sagesse populaire. Il suffit pourtant de regarder autour de soi pour constater que ce dicton n’a pas convaincu grand monde chez nous.  Nous aimons ce qui est nouveau ou qui semble nouveau. Et nous partons souvent du principe que la brillance, quand ce n’est pas le bling bling, est l’apanage de la nouveauté. Nous aimons ce qui brille et souvent nous voulons croire que c’est de l’or.

Les outrages du temps n’épargnent pas l’or. Pour durer et conserver sa brillance, il demande des soins et un entretien réguliers.  Mais cela ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, c’est la nouveauté. Quant à ce qui brille mais n’est pas de l’or, peu nous importe. Nous attendons la nouveauté flamboyante, ou un plus malin que nous, expert en trompe-l’œil qui saura poser un joli cache misère sur de l’ancien mal entretenu. Nous n’attendons jamais très longtemps : au pays d’Ikotofetsy et Imahaka, les malins sont légion.

Entretenir, préserver, perpétuer ? C’est bon pour les autres. On veut du neuf ! Et on nous en donne, en veux-tu en voilà, parce que nous aimons la nouveauté et pratiquons le culte de l’inauguration avec un goût immodéré pour la table rase.

On veut du neuf, toujours, à une notable exception près : que personne ne s’avise de toucher au sacro-saint fihavanana qui vaut de l’or, et plus encore. Il ne brille pas : c’est normal, il est vieux. Il est terne, défraîchi : c’est normal, on ne l’entretient pas ou avec des produits particulièrement inefficaces, peut-être abrasifs. D’après les experts en la matière, et en trompe-l’œil, les Malgaches, les vrais, vivent le fihavanana comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Le trompe-l’œil  n’est pas très réussi : c’est normal, les malins qui brandissent le fihavanana comme un étendard sont de médiocres peintres du dimanche.

Comme on regarde les fissures sur nos maisons traditionnelles, on regarde le fihavanana s’étioler, faute de renouveau. Mais on veut du neuf. Et qu’on ne s’avise pas de toucher au fihavanana.

 

Kemba Ranavela

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