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Henry Douliot: Journal du voyage fait sur la côte ouest de Madagascar (110)

Le matin, il reçoit son monde dans sa misérable case sakalava, où tout est noir de suie. Dans l’après-midi, c’est à peine s’il interrompt sa partie de cartes pour donner audience, car il est grand joueur et il joue toute la journée en plein air avec des Soahili, des Indiens, des Banyans ou des Sakalava comme lui. Alidy est tout à la fois sakalava et mahométan ; il ne se grise pas avec de l’alcool, mais il aime beaucoup le vin, et, quand un étranger a eu la malheureuse idée de lui faire cadeau d’une caisse de bouteilles, il envoie quelqu’un tous les jours pour lui en demander encore, insistant comme un enfant gâté, même quand on lui a dit maintes fois qu’il n’y en a plus.

On n’est pas mahométan sans avoir plusieurs femmes : Alidy en a douze, toutes esclaves d’ailleurs, auxquelles chaque matin il donne un litre de rhum et un somony ; il n’a pas de femme attitrée d’origine sakalava. Les Arabes ont modifié son esprit, amoindri son caractère, l’ont rendu avare et avide ; il n’a pas la fierté des vieux Sakalava de l’intérieur, il n’est plus ni guerrier ni pasteur et s’entoure de femmes makoa, de joueurs et d’eunuques. Il a horreur des kabary et des discussions qui troublent sa quiétude. Qu’une bande de vauriens pille pendant la nuit une goélette, peu lui importe ; chacun doit garder sa propriété ; on a beau lui désigner le voleur, chez qui l’on a retrouvé une partie des marchandises dérobées, il se contente de laisser le propriétaire reprendre ce qu’il a trouvé, mais le voleur reste libre de recommencer, car « il n’y a pas de geôle à Maintirano », répond-il. Il est circonvenu par des marchands arabes, des Soahili (mais non pas par les Banyans, ni par les Hindous) qui font tout pour empêcher des maisons européennes de s’établir ici et qui entretiennent chez Alidy une secrète aversion pour les Vazaha. Alidy prélève un impôt variable sur toutes les marchandises qui entrent à Maintirano, impôt qui est principalement élevé sur le rhum dont ses femmes font une grande consommation ; depuis que le paquebot des Messageries maritimes fait escale ici, les négriers débarquent leur cargaison humaine ailleurs et il a perdu le droit fixe de 2 fr. 50 qu’il prélevait jadis sur chaque noir débarqué.
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