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    Richard Randriamandranto : « Les négociations avec le FMI sont en bonne voie »

    Richard Randriamandranto : « Les négociations avec le FMI sont en bonne voie »

    Dernière ligne droite pour les négociations sur un programme de réforme soutenu par une Facilité élargie de crédit (Fec), avec le Fonds monétaire international (FMI). Pour Richard Randriamandranto, ministre de l’Economie et des finances, les négociations sont en bonne voie, malgré quelques divergences à éclaircir. Interview.

    *Les Nouvelles : Les négociations par visioconférence entre les techniciens du FMI et la partie malagasy devraient se terminer le 5 février, à l’issue desquelles Madagascar adressera sa lettre d’intention au conseil d’administration du FMI. Où en sont les choses actuellement ?
    – Richard Randriaman­dranto : Les discussions se déroulent dans de bonnes conditions, dans un climat de confiance réciproque,
    en dépit de la crise sani­taire qui nous a plombés en 2020. Nous sommes actuellement dans la phase de préparation d’un programme de réforme soutenu avec le FMI. Ce dernier est le gardien de l’orthodoxie financière et monétaire. Il est clair que nous devons travailler avec cette institution et avec la banque mon­diale, son institution sœur.

    * Quels seront les principaux enjeux?
    – Grâce à ce programme de trois ans qui est une clé qui ouvre d’autres portes, nous pourrons poursuivre les coopérations bilatérales et multilatérales avec les Partenaires techniques et financiers (PTF), qui touchent plusieurs domaines de développement. Sans ce programme, on aura ainsi du mal à mobiliser des financements internationaux. A propos du financement, la quote-part de Ma­dagascar au niveau du FMI est de 224 millions de DTS. Je pense que ceci est déjà acquis. Mais nous devons avoir l’ambition pour obtenir plus. Les négo­ciations battent leur plein. Il y a des points de divergence, mais les discussions sont saines qui renforcent la prise
    de responsabilité au sein du gouvernement et de chaque ministère, dont celui de l’Economie et des finances.

    * Quels sont les principaux points de divergence ?
    – A propos du taux de croissance économique par exemple. La prévision de 2020 a été négative. Pour 2021, nous sommes plus ou moins d’accord pour parler d’une croissance de 4,2%. Mais dès l’année prochaine, nous devrons faire très attention car l’ambition du président de la République est de faire de ce pays un pays émergent. Nous devons parvenir à une croissance économique soutenue, mais réaliste. Le FMI pense que nous allons atteindre une croissance de 3,2%.

    * Et l’Etat malagasy…
    – On peut faire mieux. L’Etat malagasy affiche même ses ambitions pour 2022 et 2023. D’ailleurs, le président de la République ambitionne même d’atteindre 8% de croissance. Quant aux conditions, nous y travaillons et nous avons déjà mis les bases économiques permettant d’aller dans ce sens. Mais, nous continuons à négocier avec le FMI pour que le niveau de croissance soit crédible et nous permette en même temps de rassurer les investisseurs privés en particulier. Car dans une politique de relance économique, l’Etat prend le lead, mais au final, c’est le secteur privé qui doit continuer à investir. Espérons que l’on pourrait atteindre un niveau d’investissement de l’ordre de 30% du PIB.

    * Qu’entendez-vous par un niveau de croissance crédible ?
    – C’est la conjoncture qui l’impose. Vu le contexte de reconfinement en Europe, en Amérique, voire même en Asie, les prévisions du FMI pour les pays à faibles revenus sont à un niveau moindre. Et pourtant, lorsqu’on regarde les prévisions pour l’Inde, selon toujours les projections du FMI, ce pays sera à 11,5% de croissance cette année, la Chine à 8,1%, les USA à 5%. Et les pays en développement à faibles revenus pourront atteindre jusqu’à 5,20% en 2021 et 5,5% en 2022. Donc, il n’y a pas de raison de rester modeste par rapport à ce qui peut arriver cette année et l’année prochaine. A ce propos, tout est encore à discuter, mais il n’y a pas de mal à être ambitieux. Il faut du moins rester réaliste. Sans doute, c’est la crédibilité de nos projections dont il est question.

    * Concrètement, sur quoi portera ce programme de réforme avec le FMI ?
    – Plusieurs réformes sont en perspective. A moyen terme, nous devons conforter le recouvrement des recettes fiscales même si en 2020, le Covid-19 nous a handicapés, avec 10% de taux de pression fiscale. Dans la loi de finances 2021, nous envisageons d’atteindre 10,9%. Ce qui est encore très bas par rapport à la moyenne en Afrique. Au départ, on a visé jusqu’à 11,1% de ratio recettes fiscales nettes par rapport au PIB. Mais à cause de la crise sanitaire, beaucoup reste à améliorer avant d’atteindre 10,9%. Sur ce point, plusieurs programmes seront menés avec le FMI, entre autres, l’incitation des con­tribuables à payer à temps les impôts, la campagne de sensibilisation au civisme fiscal « Anjara Hetrako ». Très prochainement, l’e-bilan sera lancé qui porte sur la déclaration en ligne pour limiter les déplacements.

    * Qu’en est-il des dettes ?
    – Nous allons également travailler ensemble pour mieux gérer la dette. A ce propos, Madagascar reste un pays à risque modéré. Nous devons améliorer cette classification pour pouvoir mobiliser plus de financements internationaux. Ce point est important pour réaliser la vision du président de la Répu­blique. Car en étant un pays à risque modéré, Mada­gascar est certainement beaucoup plus suivi par le FMI en matière d’endettement extérieur. Toutefois, ce n’est pas un problème majeur. Tout est question de consensus sur nos capacités à trouver plus de fi­nancement. Et nous avons besoin de plus de 6 à 7 mil­liards de dollars pour aller dans le sens de la vision du président de la Républi­que.
    Nous allons aussi améliorer le Marché interbancaire des devises (Mid) car jusqu’ici, tout s’est fait de manière trop libérale. Il faudrait fixer des seuils pour que le rapatriement de devises se fasse à temps. En outre, il faut qu’il y ait une fourchette raisonnable pour la session des devises sur le Mid. Il s’agit de réforme à entamer dès cette année. Il y en a d’autres dans d’autres domaines, entre autres au niveau de la douane. L’ef­fort mené ac­tuellement se con­centre en effet sur l’améliora­tion de la gestion des finances publiques, tant au niveau des recettes que des dépenses.

    * La réforme se conjugue aussi avec la transparence…
    – Le côté transparence est également à améliorer dans la gestion efficace des fonds publics. Concernant la lutte contre le Covid-19, nous avons déjà publié les informations sur l’utilisation de ces fonds. Nous allons maintenant entamer une deuxième phase, no­tamment la publication, dans le courant de ce premier trimestre, en plus de données relatives à la gestion, en l’occurrence les contrats avec les fournisseurs, l’identité des bénéficiaires…Sur cette lancée, nous sommes sur la bonne trajectoire dans le cadre du CPIA, un indice permettant de mesurer l’effort dé­ployé par chaque gouvernement en matière de transparence et de gestion budgétaire, dans un esprit de bonne gouvernance.

    * Certes, les problèmes de la Jirama et d’Air Ma­da­­gascar font partie des sujets épineux dans ces négociations…
    – Ces deux dossiers né­cessitent une dextérité diplomatique et intellectuelle. Car sur le plan technique, nous savons tous que les plans de redressement d’Air Mada­gascar et de la Jirama sont à prendre avec des pincettes. Pour Air Madagascar, un plan est en cours avec des recommandations qui doivent être affinées et que le gouvernement doit s’approprier. L’acquisition de nouveaux aéronefs pour Air Madagascar est à l’étude. Toujours est-il que le con­texte difficile en ce moment appelle à la prudence.
    Il en est de même pour la Jirama. Le plan de re­dressement doit être le plus réaliste possible. Nous savons que l’Etat continue à subventionner cette so­ciété. Le président de la République lui-même tient à ce que les tarifs de l’électricité ne connaissent pas une hausse, cette année du moins, pour éviter de plomber les entreprises et les particuliers.

    * Madagascar a obtenu la Facilité de crédit rapide (FCR) venant du FMI pour répondre à ses besoins urgents de balance de paiement en 2020. Quel est son impact sur le niveau actuel de l’ariary ?
    – Si nous n’avons pas ob­tenu ce financement, la parité de devises serait catastrophique à l’heure actuelle. La tendance ac­tuelle montre une légère amélioration de l’ariary par rapport à l’euro. Pour le dollar, le niveau est constant depuis quelques mois. Pour dire que sans cette aide et les efforts de la banque centrale, nous aurons certainement atteint les 5.000 ariary l’euro à l’heure ac­tuelle, voire même plus. Mais ce n’est pas le cas. La banque centrale est beaucoup intervenue sur le marché. Et nous avons pu atténuer la dégringolade de l’ariary face aux devises étrangères.
    Ceci étant, si le rapatriement de devises s’est fait normalement dans toutes filières confondues, l’ariary se serait beaucoup amé­lioré par rapport à l’euro. Malheureusement, c’est une contre-performance pour nous. Toutefois, le ministère de l’Economie et des finances a déployé des efforts considérables pour encourager les exportateurs à rapatrier dans les 30 jours les devises issues de leurs activités. Et, il n’y a pas de raison de ne pas les rapatrier à Madagascar, en vue de les vendre sur le Mid. Nous y travaillons avec la banque centrale et cela se faits à petit pas.

    * Dernière question, la pompe qui ne reflète toujours pas la vérité des prix en ce moment, cela va durer encore longtemps ?
    – Il existe toujours un décalage avec l’achat du carburant par les pétroliers suivant un cycle bien défini. Nous sommes toujours dans cette période où l’ajustement se fera progressivement sous l’égide de l’OMH au niveau du ministère de l’Energie.

    Propos recueillis par Riana R.

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