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Manque de pluie et conséquences en cascade: la sécheresse, cause nationale

Manque de pluie et conséquences en cascade: la sécheresse, cause nationale

Des gens qui essayent d’attraper du poisson dans un cours d’eau quasi à sec. La scène n’a pas lieu dans la brousse du Grand-Sud… Mais sur les rives de l’Ikopa, la rivière qui arrose (normalement) Tananarive et sa plaine… Les images ont fait le tour de Facebook. La sécheresse gagne du terrain en milieu urbain et Antananarivo et ses environs souffrent. La capitale prend conscience du fléau du manque d’eau qui touche une multitude de zones de Madagascar, et depuis longtemps…

“Sur Antananarivo, dans les quinze prochains jours, la faiblesse des précipitations va se poursuivre, d’après les prévisions, et le manque d’eau est déjà aigu dans le Sud”, explique Yves Etienne Rakotoarison, responsable Eau, Hygiène et Assainissement (EAH) au sein de l’ONG Action Contre la Faim (ACF). “Mais il faut aussi avoir un œil sur les autres endroits”, prévient-il.

Nous le révélions la semaine dernière : les données météo montrent un gouffre entre 2019 et 2020, sur la région de Tana (données de Météo Madagascar, le service météorologique gouvernemental). En cumulé, entre novembre et décembre 2019 et 2020, c’est une baisse de… 71% du nombre de millimètres (mm) de pluie tombés (de 270,9 à 78,2 mm).

D’après les mêmes données, sur la même période, à Fort Dauphin, il y a une baisse de 94% de précipitations (367,9 millimètres de pluie en 2019, contre à 20,8 en 2020) ; à Fianarantsoa, c’est une baisse de 41% (de 342 à 201 mm) ; à Mahajanga, baisse de 62%, (de 716 à 269 mm) ; à Toliara, baisse de 89%, de (82 à 9 mm) ; à Diego Suarez, baisse de 50%, (de 315 à 156 mm).

Au rayon des conséquences, il y a le choix. “Le manque d’eau provoque des effets en cascade”, mettait en évidence, avec beaucoup de détails dans le monde entier, une publication de la Banque Mondiale de 2017*. Les enfants souffrent par exemple de troubles cognitifs car ils ont été moins bien nourris à cause de mauvaises récoltes dues au manque d’eau. Le rapport montre aussi que les femmes sont plus exposées aux violences lorsque l’eau manque. Le document raconte encore : “Lorsque les précipitations sont inférieures à la normale pendant plusieurs années consécutives, non seulement les rendements agricoles s’en ressentent, mais les agriculteurs sont contraints d’aller empiéter sur les surfaces forestières voisines. Étant donné que les forêts servent à stabiliser le climat et à réguler les réserves d’eau, le déboisement réduit la quantité d’eau disponible et exacerbe le changement climatique.”

Pour revenir au présent malagasy, “le manque d’eau va causer la diminution des récoltes et donc la cherté des différents produits sur le marché”, note Yves Etienne Rakotoarison, d’ACF. Et donc, conséquence logique : la faim grandissante dans le Grand Sud notamment dans les régions Atsimo Andrefana, Androy et Anosy. Le nombre d’enfants atteints de malnutrition aiguë, c’est-à-dire avec un très faible rapport poids/taille, augmente : on en dénombre 34 518. Et déjà, au mois d’octobre 2020, 10 districts soit 2,78 millions de personnes étaient touchés par la sécheresse dont 1,54 millions se trouvaient dans le besoin sur le plan humanitaire (chiffres du plan de réponse élaboré conjointement par le BNGRC et l’Unicef, pour 2020-2021).

Au vu de ce constat amer, les ONG telles qu’ACF touchent davantage de bénéficiaires. “Avant, on avait un centre de récupération nutritionnel au niveau des districts et des centres de santé de base, précise Yves Etienne Rakotoarison. Mais actuellement, on vient aux gens et on envoie une équipe mobile. Après des analyses, on a établi toute une liste de “communes rouges” dans le Sud.”

L’ONG cherche à approvisionner en eau les endroits les plus touchés par la sécheresse. “On peut procéder à une remise à niveau des infrastructures par exemple, explique Yves Etienne Rakotoarison. On vient aussi en aide aux centres de santé afin qu’ils aient de l’eau potable.”
Autre problème évoqué par cet expert, l’eau qui est déjà si rare dans cette partie du pays a un prix… “A Ambovombe par exemple, les gens qui habitent loin des bornes fontaines paient plus cher que les gens qui sont proches : les gens qui habitent à 500 mètres d’une borne fontaine paient 500 ariary le bidon de 20 litres, à 5 kilomètres, le même bidon sera à 2 000 ariary et donc les foyers vulnérables n’auront pas les moyens pour en acheter”, raconte Yves Etienne Rako­- toarison.

“Le problème c’est qu’on a eu des pluies, mais en retard, et du coup les récoltes ne sont pas bonnes. En attendant la prochaine saison de pluie qu’est-ce que ces gens vont manger ?” s’interroge-t-il. Et la région se rappelle encore des sécheresses passées… “Il y a eu les effets d’El Niño en 2016-2017 : il n’a pas plu pendant près de trois ans… Mais le taux de précipitation observé actuellement est encore plus bas ! “, alerte l’expert.

*“Vers des eaux inconnues – La nouvelle économie de l’eau : pénuries et variabilité”

Emre Sari et
Tiana Ramanoelina

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