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Max Fontaine, fondateur de Bôndy: “Le plus dur, c’est de convaincre les gens de reboiser chez eux”

Max Fontaine, fondateur de Bôndy: “Le plus dur, c’est de convaincre les gens de reboiser chez eux”

Cette fois, c’est la bonne. Bôndy, une entreprise sociale spécialisée dans la reforestation, entame sa première grande saison de reboisement, cette année, après une “phase d’essai”, l’an dernier.

Il y a, en effet, urgence. “La surface forestière ne fait que diminuer à Madagascar, alors même qu’on a beaucoup reboisé et qu’on a dépensé beaucoup d’argent, depuis 1960, regrette Max Fontaine. La plupart des reboisements manquent de résultat. Il n’y a pas d’impact écologique. Ils ne bénéficient pas aux populations locales. Et il n’y a aucun bénéfice économique non plus”, constate Max Fontaine, fondateur de Bôndy.

La catastrophe se traduit aussi en chiffres…. “De 2001 à 2019, Madagascar a perdu 3,89 millions d’hectares de couvert végétal, ce qui équivaut à une diminution de 23% depuis 2000, et à 1,29 gigatonnes d’émissions de CO2”, alerte Global Forest Watch, un organisme qui analyse la déforestation dans le monde entier à partir d’images satellites.

“On veut révolutionner la façon de reboiser à Madagascar, déclare aujourd’hui Max Fontaine. A la place de nombreux reboisements inutiles, on en fera des plus petits mais avec un impact concret.” Aujourd’hui, l’entreprise intervient dans deux zones : l’une à Andramasina à 35 kilomètres de la capitale, où elle dispose d’une pépinière abritant 186 000 arbres, et l’autre à Antolojanahary, où 10 000 jeunes plants seront plantés cette saison des pluies.

Mais le plus dur n’est pas la mise en terre…. “Il faut aller trouver des terrains, clame Max Fontaine. C’est un énorme travail de convaincre les paysans de reboiser chez eux. Dans notre métier, c’est d’ailleurs la partie la plus difficile. Tout ce qui concerne le foncier à Madagascar est compliqué. Dès qu’on touche à la terre, les gens ont peur. Avec nos 90 paysans partenaires, on a dû cartographier 80 hectares de terrain, et il a fallu parcourir à pied toute cette vaste surface.” Un travail qui se fait en amont de la saison de reboisement.

Avant la campagne de cette année, également, “on a analysé les causes des échecs des reboisements précédents, explique Max Fontaine. Et le problème est triple : pas d’expertise technique, pas de suivi et pas d’implication de la population locale.” Pour adapter sa méthodologie, Max Fontaine s’est donc entouré d’une équipe d’ingénieurs, et de techniciens forestiers.

Commençons par la technique… Bôndy innove et plante plusieurs espèces d’arbres en fonction des besoins : des arbres fruitiers comme des mandarines, citron, pêche, ou kaki, ou encore des ravintsara ou des baies roses. “On refuse la monoculture, affirme Max Fontaine. Sur chaque parcelle, on reboise au minimum une quinzaine d’espèces. On doit combiner des espèces entre elles pour qu’une parcelle soit résiliente. C’est le principe même de l’agroforesterie. Par exemple, à côté d’un arbre qui rejette beaucoup d’acidité, on va mettre un arbre qui n’a pas peur de l’acidité.” Et les équipes préparent un reboisement un an à l’avance avec l’entretien des pépinières, et le recrutement des agents.

Pour assurer le suivi, tout est cartographié par GPS. Et Bôndy transmet également des rapports à ses partenaires, avec des données sur l’impact des arbres plantés, ainsi que des témoignages de paysans bénéficiaires.

Enfin, Max Fontaine n’entend reboisement qu’avec la participation des locaux. “Dans la vision de Bôndy, le reboisement à Madagascar est plus une solution sociale qu’économique, déclare-t-il. Le reboisement, c’est l’un des meilleurs piliers du développement à Madagascar. C’est pour cela d’ailleurs que les entreprises nous font confiance.”
Car Bôndy se finance uniquement auprès du secteur privé. “On ne travaille pas avec des bailleurs de fonds, précise le fondateur. On conçoit des solutions sur mesure pour les entreprises. Par exemple, on va leur dire : “Voici les jeunes pousses, et on vous propose un suivi et une garantie sur 5 ans… Le reboisement c’est tout un métier, laissez-nous nous en occuper””

Et le confinement ? “Les entreprises ont enlevé le reboisement de leurs priorités. On a vécu six mois où le commercial était à zéro… Mais heureusement, on avait signé quelques contrats juste avant. C’est ce qui nous a permis de tenir jusqu’au mois de novembre.”

Début 2020, l’entreprise comptait trois collaborateurs à temps plein, mais actuellement, elle en dispose de 29. Et une quinzaine de saisonniers travaillent pendant quatre mois donc lors de la saison de reboisement. Pour la prochaine saison de reboisement 2021-2022, Bôndy interviendra dans six régions différentes à savoir Sambava, Tamatave, Fort Dauphin, Morondava, Majunga, et Andramasina.

Tiana Ramanoelina

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