Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Maurice Auguste Benyowsky

Mémoire concernant l’expédition à Madagascar (120)

 

Si ton cœur te parle pour les Français, écris à leur roi que nous lui offrons nos cœurs et notre amitié ; mais nous voulons vivre sous tes lois ; tu es notre père et notre seigneur ; que les Français te chérissent autant que nous, et nos armes seront unies aux leurs ; nos drapeaux flotteront avec ceux des blancs, et nous combattrons avec courage contre l’ennemi commun ; mais si tu es l’objet de leur haine, nous ne les reconnaîtrons jamais comme nos frères, et tes ennemis seront nos amis. Ce sont là les pensées et les paroles de notre cœur. Promets donc, en présence de Dieu que nous adorons tous, de les écrire au roi de France ; promets de nous être plus attaché qu’à la nation française, et de ne jamais nous abandonner. »

Assuré de l’unanimité de leurs vœux, je fis préparer le cabar, et je l’engageai par serment à informer le roi de France des intentions des peuples de Madagascar, et à vivre désormais avec eux. Les chefs, de leur côté, jurèrent d’obéir exactement à mes ordres et de vivre en bonne intelligence avec l’établissement.

À la fin de la cérémonie, je traitai les naturels et leur donnai une fête à laquelle tous les européens assistèrent. Cette suite d’événements antérieurs à une révolution qui fixe l’époque de la civilisation de Madagascar me conduisit à plusieurs réflexions. Je savais par expérience combien peu j’avais de fonds à faire sur la sagesse du cabinet de Versailles ; je n’avais que ma fermeté pour me soutenir contre les craintes des artifices que la politique de la France ne manquerait pas d’employer pour me calomnier et me perdre de réputation. Mais sûr de ma loyauté, je résolus, après avoir établi mon système de conduite parmi les chefs et les habitants, de retourner en France, et d’y présenter en personne un état de la colonie, un exposé de ses véritables intérêts, et de combattre les préventions du ministre. Je n’ignorais pas les risques que je courais ; mais le soin de ma réputation et mon affection pour le peuple qui m’avait adopté me décidèrent. En conséquence, la France ne pouvant m’accuser de rébellion, et ne pouvant que blâmer son ministre de son ignorance de ses véritables intérêts, je résolus de faire servir ma fortune, mon crédit à faire des amis à cette île, et de mettre heureusement à fin le grand ouvrage de sa civilisation. C’est là ma résolution, et j’y tiendrai tant que je vivrai.

www.bibliothequemalgache.com

Les commentaires sont fermées.