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Produits de première nécessité et pouvoir d’achat Huile, riz, sucre, savon… Stables, mais jusqu’à quand ?

Produits de première nécessité et pouvoir d’achat Huile, riz, sucre, savon… Stables, mais jusqu’à quand ?

Rien ne bouge… Le pire n’est pas (encore) arrivé, en ce qui concerne les produits de première nécessité (PPN). En cette période de crise, on constate une relative stabilité des prix : aucune hausse, ni baisse importante n’est à signaler… Mais jusqu’à quand ? La valeur du panier de consommation courante des ménages manque d’amortisseurs face aux chocs. D’abord, les cours mondiaux varient selon les lois de l’offre et de la demande. Ensuite (et surtout ?) les prix des PPN sont soumis à des batailles entre les industriels, les importateurs et l’Etat malagasy. Batailles qui ne désignent souvent aucun vainqueur… Mais beaucoup de perdants : les consommateurs. Enfin, depuis 12 mois, la monnaie nationale ne cesse de baisser face à des devises fortes comme l’euro ou le dollar.

L’un des exemples le plus marquant est l’huile alimentaire. Le prix est resté stable depuis le début de l’année. Mais le précieux liquide, indispensable pour cuisiner, avait connu une flambée d’environ 20% en août et septembre 2019. Les Nouvelles avaient relié cette hausse avec un projet d’augmentation des droits de douane visant à protéger la production locale. Les importateurs, mécontents, avaient alors retenu leurs stocks, pour faire monter les prix et la pression… Au détriment des consommateurs…

Ce projet d’augmentation des tarifs douaniers émanait de l’Autorité nationale chargée des mesures correctives commerciales (ANMCC) et a été abandonné depuis. Mais à l’origine, c’est le producteur local, l’Huilerie industrielle de Tamatave (HITA), qui avait alerté l’ANMCC, en août 2019, sur l’opportunité d’augmenter les droits de douane. HITA est en fait le seul qui raffine son huile à Madagascar. La société voulait ainsi défendre son business et durcir la concurrence contre les importateurs qui font rentrer à Madagascar de l’huile déjà raffinée.

HITA pourrait néanmoins jouer un drôle de jeu, si l’on en croit les révélations de La Gazette de la Grande Île de cette semaine, document à l’appui (dont nous n’avons pas pu vérifier l’authenticité). Profitant d’un vieux dispositif d’exonération fiscale de l’ère Ravalomanana, HITA ne payerait ni droit de douane ni TVA pour l’huile brute qu’elle importe, raffine et vend. De ce point de vue, le projet d’augmentation des droits de douane soumis à l’ANMCC viserait à accentuer une distorsion de concurrence entre HITA qui ne payerait pas de taxes du tout, et des importateurs qui en payeraient encore plus… HITA affirmerait ainsi sa position dominante et ses marges… Au détriment des consommateurs…

Concernant les autres PPN, Les Nouvelles ont consulté la « lettre de veille géographique » de la Chambre de commerce et d’industrie France-Madagascar. Dans ce document, le prix de quelques produits de première nécessité est comparé entre aujourd’hui et la même période en 2019. Dans une grande surface, le kilo de riz de variété « makalioka » s’achetait à 2 850 ariary en octobre 2019, et à 2 500 ariary actuellement. Dans les épiceries, le kilo de riz se vend à partir de 2 100 ariary selon la variété. Mais de même que pour l’huile, des mécanismes au delà du jeu naturel de l’offre et de la demande jouent. Certains grossistes stockent des quantités énormes de riz malagasy de grande qualité pour faire monter les prix. A l’inverse, des importateurs font rentrer dans le pays du riz bon marché et de mauvaise qualité, ce qui provoque des pressions déflationnistes sur le bas de gamme.

Toujours selon la note, le prix du sucre est stable aussi, à 4 500 ariary le kilo dans les grandes surfaces et à 2 800 ariary dans les épiceries.

Cette stabilité des prix représenterait-elle le calme avant la tempête ? Pour la suite, l’impact du taux de change sera décisif. Certains économistes présagent une hausse du prix des PPN imminente, après le début de la descente aux enfers de l’ariary par rapport aux principales devises étrangères comme l’euro et le dollar. Sur les douze derniers mois, la monnaie nationale a perdu 14 % face à l’euro, et 8 % face au dollar (actuellement, 1 euro vaut 4 600 ariary et un dollar, 3 930 ariary). Dans ce contexte, “si le prix d’achat à l’étranger ne change pas, automatiquement le prix des PPN sur le marché local va augmenter”, explique Faly Ramakavelo économiste et chef d’entreprise.

“La dépréciation de l’ariary rime avec inflation, diminution du pouvoir d’achat des Malagasy et donc paupérisation massive”, a asséné pour sa part Tahina Rakotoarisoa, économiste, lors de son intervention télévisée sur IBC News, au mois d’août dernier.

Mais à chaque problème, sa solution. “Tant qu’on est dans un régime de change flottant, il faut que l’entrée de devises soit supérieure à la sortie, résume Faly Ramakavelo. Il y a donc deux solutions : augmenter les exportations et/ou les investissements directs depuis l’étrangers. Or, on sait que le commerce avec l’étranger tourne vraiment au ralenti. L’exportation classique comme celle de la vanille et du textile sont en baisse de volume ou de valeur”. Pour l’économiste, la seule exportation encore possible pour Madagascar est l’or. “C’est une réserve de valeur d’où la nécessité d’avoir un stock qui constituera une garantie pour les investisseurs”, propose Faly Ramakavelo.

Tahina Rakotoarisoa met sur le tapis des solutions complémentaires. D’après lui, il faut renforcer la réserve en devise. “Les entreprises malagasy qui ont de l’argent à l’étranger doivent les rapatrier. Et il faut faire des efforts pour minimiser la sortie des devises du pays. On doit aussi limiter les importations à des produits utiles. En outre, les négociations avec les bailleurs, à l’instar du FMI, doivent se poursuivre, car ces aides contribuent à l’équilibrage de la balance de paiement.”

Emre Sari et Tiana Ramanoelina

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