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Vendeurs de rue de médicaments, à Ambohipo: plongée dans l’informel de la santé

Vendeurs de rue de médicaments, à Ambohipo: plongée dans l’informel de la santé

Les vendeurs de rue ont de tout (ou presque). Antihypertenseur, antidouleurs, anti-covid, vitamines… Il suffit de demander. Après notre article de la semaine dernière sur le secteur formel du médicament, les Nouvelles se sont rendus à Ambohipo -incognito- pour se plonger cette fois dans l’informel, dans le grand bazar des substances médicamenteuses. Les clients peuvent certes dénicher des substances introuvables en pharmacie, ou moins chères, mais c’est à leurs risques et péril. L’automédication règne. Et les contrefaçons ou les médicaments périmés rodent. Impossible de connaître la traçabilité des produits arrivés ici de manière illégale. En 2020, le Covid a donné un coup de fouet à tout ce business vieux d’au moins 30 ans.

Cette semaine, le marché informel des médicaments reprend son cours normal après la période Covid, à Ambohipo, pas loin du terminus des bus de la ligne 129, et dans toutes les ruelles de ce quartier très animé.

C’est tout un mécanisme, calculé au millimètre près, qui fonctionne. Dès les premières heures du jour, des intermédiaires appelés communément “mpanera” brandissent des cartons de médicaments vides. Sans se cacher. Ils abordent la majorité des passants en clamant “fanafody e !”, (littiréralement, “médicaments !”).

Si la personne est intéressée, le “mpanera” lui demande alors quel médicament elle cherche et vérifie qu’elle n’habite pas dans le quartier car les “étrangers” n’ont pas le droit de savoir où se trouvent les points de vente informels… Si le client vient bien d’un autre quartier, le “mpanera” lui demande de patienter sur le trottoir…

Le “mpanera” obtient la substance dans un point de vente invisible depuis la rue. Après quelques minutes, il revient avec les produits demandés. La plupart du temps, un autre intermédiaire attend aux côtés du client pour que les autres “mpanera” ne “vole” pas l’acheteur et l’affaire en cours.

Les Nouvelles ont pu pénétrer à l’intérieur d’un de ces nombreux points de vente, interdits au public. Il y a une petite file d’attente de “mpanera” et de clients du quartiers, les seuls autorisés à entrer dans les lieux. Et tous les médicaments semblent disponibles aujourd’hui. Les grossistes vendent même des produits très demandés comme le “magne B6”, du magnésium, sans le moindre problème, à 12 000 ariary pièce. Personne ne demande ni ordonnance ni prescription médicale. Les vendeurs se contentent tout simplement de recevoir l’argent et livrent le produit sans la moindre recommandation. Ils sont au contraire de bons commerçants : au cas où le client préfère revenir plus tard, l’intermédiaire demande son numéro de téléphone, histoire de le fidéliser, pour qu’il n’aille pas voir ailleurs.

La plupart des propriétaires de ces points de ventes informels à Ambohipo sont d’origine Betsileo et disposent également d’une autre activité connexe à part le business florissant des médicaments…

Rakoto* est père de quatre enfants et habite le quartier depuis trente ans. Il connaît Ambohipo, comme sa poche. Malgré la présence d’une pharmacie et d’un centre de santé de base, il a pris l’habitude d’acheter ses produits pharmaceutiques dans ces points de vente informels. Il raconte : “C’est tout un réseau, visiblement incontrôlé et intouchable depuis des décennies… Il y a eu tellement de régimes… Mais personne n’a jamais osé démanteler ce circuit informel. Les médicaments vendus ici sont moins chers que dans les pharmacies. Mais le plus étonnant, ce que parfois certaines pharmacies s’approvisionnent ici. Parfois aussi, les médicaments vendus ici sont plus chers que dans les points de vente officiels mais les gens préfèrent tout de même en acheter à Ambohipo.”

Le confinement a été une période spéciale pour les vendeurs de médicaments. “Sur les réseaux sociaux, des rumeurs ont circulé comme quoi tous les médicaments utiles contre le Covid se trouvaient ici”, témoigne Rakoto. “Il y a même eu des policiers en tenue civile qui ont débarqué ici pour contrôler”, se souvient-il.

La chloroquine, en particulier, faisait fureur. A l’époque, la substance était le seul traitement connu du Covid dans le monde, pendant des mois, et nombre de pharmacies étaient en rupture de stock. Dès début avril, un reportage de TV5 Monde avait montré que les ventes de chloroquine, à Ambohipo, avaient décollé et que les prix avaient déjà été multipliés par 3,5 en quelques semaines. “Des gens en emportent en province par cartons”, disaient un vendeur de rue, filmé en caméra cachée. Des policiers, juste à côté, laissaient faire…

Tiana Ramanoelina

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