Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Série : Face au Covid, des idées, des actes, et des sacrifices Yestransfer : “Les flux monétaires depuis Madagascar ont baissé de 90 %”

Série : Face au Covid, des idées, des actes, et des sacrifices Yestransfer : “Les flux monétaires depuis Madagascar ont baissé de 90 %”

Le principe est simple : échanger de l’argent, quasiment en instantané, entre un Madagascar peu bancarisé et le reste du monde. Le mécanisme, lui, est innovant : combiner une monnaie virtuelle appelée Yes avec l’utilisation du mobile money. Le service gérait 500 000 euros de volume d’échan- ge mensuel… en période normale. Mais le Coronavirus a tout chamboulé. Les équipes ont même dû momentanément suspendre le service… “Les flux monétaires depuis Madagascar ont baissé de 90 %”, constate le créateur de Yestransfer, Vincent Jacques.

Créée il y a près de deux ans, le Yes est une nouvelle monnaie virtuelle, une cryptomonnaie, qui utilise la blockchain pour voyager dans le monde. Les échanges entre des devises et le Yes peuvent s’effectuer depuis un compte bancaire, une carte bleue ou un compte de mobile money, très populaire à Madagascar. “Le schéma classique, c’est quelqu’un qui achète 100 Yes en France, et les envoie à sa famille à Madagascar, détaille Vincent Jacques. Une fois les Yes reçus, la famille en question va les revendre à une personne locale. En général, c’est un opérateur économique qui en a besoin pour acheter du matériel ou des services à l’étranger.” Le fournisseur pourra finalement les convertir en devises.

Pour rendre possible ce mécanisme, Vincent Jacques et ses équipes de développeurs -tous basés à Madagascar- ont créé une mini-bourse de Yes, en partie automatisée. Et pour se rémunérer, Yestransfer prend 1% des flux en tant que commission. A cela, s’ajoute un frais de mobile money d’environ 1 %. Les clients payent donc 2 %, en tout, pour transférer de l’argent entre les continents dans la même journée.

Mais justement, pour assurer ce délai court, Yestransfer nécessite un équilibre entre les flux Nord-Sud et Sud-Nord. C’est-à-dire qu’il faut à peu près autant de gens qui envoient des Yes depuis l’Europe vers Madagascar, par exemple, que l’inverse.

Et c’est cet équilibre que le coronavirus a chamboulé, dès avril. “Avec la crise sanitaire, on a connu plus d’envois de Yes depuis la France vers Madagascar, se rappelle l’entrepreneur. Mais par contre à Madagascar, plus personne n’achetait des Yes car les gens gardaient leur argent, des business étaient à l’arrêt, de nombreux projets étaient retardés…”

D’une semaine à l’autre, les flux ont baissé de 90% sur les achats de Yes dans la Grande Île. “Les gens devaient attendre plusieurs jours, voire deux semaines, pour échanger leur Yes contre des ariary, regrette Vincent Jacques. Alors qu’en général, ce sont des dépenses urgentes, surtout en période de crise économique et sanitaire.”
Pour s’adapter, la plateforme a limité les flux : les gens pouvaient acheter des Yes par virement mais pas par carte bancaire. “On a supprimé la moitié de nos échanges”, affirme Vincent Jacques. En mai, les équipes tentent un retour à la normale… sans succès. Cette fois, elles suspendent tout. Jusqu’à aujourd’hui.
“En temps normal, tout va bien dans notre modèle, mais dès qu’il y a le moindre grain de sable, la situation devient compliquée”, admet Vincent Jacques. Pour y remédier, l’entrepreneur travaille actuellement avec la BNI. L’intégration de la banque devrait amener un tier de confiance qui prête de l’argent sur de très courtes durées pour combler les écarts entre les achats et les ventes de Yes. Et assurer la fluidité du service même en cas de dérèglement des flux.

La suspension temporaire de Yestransfer offre aussi du temps pour repenser de nombreux autres points, et améliorer l’automatisation. “L’opérationnel nous prenait trop de temps, donc on n’arrivait pas se concentrer sur la refonte de la plateforme”, explique Vincent Jacques.

Le travail se poursuit donc, crise ou pas. La start-up a opté pour le télétravail durant le confinement mais poursuit cette méthode même aujourd’hui. Yestransfer a même rendu ses bureaux. “Je ne vois pas de perte de productivité avec le télétravail… C’est même l’inverse”, affirme Vincent Jacques. Les salariés économisent le temps de transport : trois heures quotidiennes pour certains.

Mais l’entrepreneur a aussi imposé des petits “trucs” pour ne perdre la cohésion du groupe. Tous les jours à 8h30, le directeur général procède à un “call d’équipe” : un briefing par visioconférence. Autre exemple, tous les vendredis, Vincent Jacques impose un travail en présentiel, suivi d’un moment de détente… Enfin, le directeur général oblige ses salariés à discuter oralement, et pas seulement par chat écrit, quand ils bossent sur un sujet commun. “Oui, je suis optimiste, déclare Vincent Jacques. Je suis sûr que je saurai relancer Yestransfer ou me renouveler. Et les salariés le savent.”

Les commentaires sont fermées.