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Chronique : Sommes-nous bilingues ? Et comment !

J’ai rempli les rubriques de mon nouveau carnet du fokontany ou karinem-pokontany. Déconcertée, j’ai vérifié qu’à Madagascar, il y a bien une langue nationale, le malgache, ou malagasy depuis quelques années et deux langues officielles, le malagasy et le français. Ceux qui ont conçu le karinem-pokontany l’ont compris de sorte que les deux langues cohabitent selon des règles mystérieuses.

Sur la couverture, tout est rédigé en malgache à l’exception de deux mots traduits en français : tompon-trano (propriétaire) et mpanofa trano (locataire). Visiblement, seuls ces mots ne sont pas transparents.  En deuxième de couverture, les fonctions des personnes à appeler en cas d’urgence sont données en français. Ainsi, inspecteur voie public (sic), chef de poste ou voiture mobile. Le mystère s’épaissit quand on entre dans les pages où sont inscrits les membres de la maisonnée. Elles sont intitulées : loham-pianakaviana ray /reny et zanaka sy ankohonana. Il faut renseigner les lignes nom, prénoms, né le, CIN et profession en français. On n’a pas jugé utile d’en proposer une version dans l’autre langue officielle. Et si ankohonana est également famille en charge (sic), seul  loham-pianakaviana  est invité à signer.

Les devoirs du responsable du karinem-pokontany et les amendes à payer en cas de manquement sont expliqués exclusivement en malgache. En lisant attentivement la liste des devoirs, le non malgachisant comprend peut-être que le tapage nocturne (en français dans le texte) n’est pas accepté dans le fokontany. Mais il ne saura pas qu’il doit déclarer la présence d’un invité dans son foyer, qu’il est censé apporter son obole pour présenter ses condoléances selon les règles du savoir vivre de la communauté  ou qu’il peut éviter les corvées d’assainissement moyennant une participation en ariary qui remplacera avantageusement son huile de coude, son balai et sa pelle.

 Qui sait, le nouveau carnet du fokontany numérisé nous rappellera peut-être qu’un salmigondis, pardon un vary amin’anana, indigeste ne fait pas deux langues officielles.

 

Kemba Ranavela

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