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Mercredi ! École buissonnière

Un vent de débaptisation 

« Libérer les places et les rues des statues et des noms de collaborateurs de la déviation impérialiste ». Des mouvements réclamant la destitution des noms et le déboulonnage des statues de personnages ayant contribué à l’asservissement de peuplades par des puissances étrangères se font jour et de manière de plus en plus active et insistante. À la réaction consécutive à cette tendance, réaction dénonçant une inclination à enterrer l’histoire, les
« activistes » de ce mouvement répliquent en développant un argument de taille : la pensée actuelle dominante que défendent les esprits éclairés et dont les pays avancés font une vertu cardinale, porte sur le respect des droits de l’homme. Rendre honneur et gloire à des personnages qui ont œuvrer dans des opérations foulant aux pieds le droit des peuples et celui des hommes en maintenant leur nom au fronton des places, avenues, boulevards ou rues, voire en y laissant trôner leurs statues, ne fait-il pas contradiction sinon injure au principe sacré ? Tout comme toujours reste relatif. Dans le genre ceux qui se sont offusqués de
la débaptisation de Léo­poldville en Kinshasa se sont par contre réjoui quand Leningrad a recouvré son ancien nom Saint-Pétersbourg. Malgré la con­sidération dont jouit Rommel pour son génie de manœuvrer une guerre éclair et en raison de sa fin tragique ambiguë on n’irait pas baptiser une rue de son nom comme pas plus élever une statue à l’honneur de l’autre le « maréchal » dont certains répugnent à prononcer le nom.
Hasard du temps dans cet atmosphère apparaissent les écrits de Monsieur Benyowsky, « Les Nouvel­les » lui réserve un petit quartier de page dans le cadre d’un regard quotidien sur le passé. Parler de remous serait trop dire, n’empêche que des appréciations sévères se sont manifestées, reprochant de faire place à un discours parfois désagréable, un lecteur a même émis de sa désapprobation une con­damnation sans appel, comparant ce choix à une initiative de publier Mein Kampf.
Sans l’intention de rentrer dans le débat à propos de l’opportunité de débaptiser des rues et de déboulonner des statues, on peut parler de cette ère et au passage d’émettre quel­ques propos justement au­tour de ce Monsieur Be­nyowsky.

Benyowsky un peu mégalo-mytho beaucoup colonisation
Rare témoin direct du XVIII ième à Madagascar
Il y a encore des An­tananariviens qui gardent en repère davantage la rue Benyowsky que le Tom­beau des Premiers Minis­tres (en majuscules du fait qu’il s’agit d’un monument historique même si l’on n’y a pas pris soin comme il l’aurait mérité). Je ne sais pas si quelque part une petite plaque signale encore le nom de la rue, il ne me souvient pas plus que la rue a été débaptisée ou non, mais il me semble que des chauffeurs de taxi gardent en mémoire le nom et s’y référent plus facilement que lorsqu’on leur indique une adresse en mentionnant en repère Fasan-dRainiharo. Seulement, sans doute au mieux une personne sur dix situe le personnage Benyowsky. Nobliau hongrois, fugitif d’un bagne de la Russie impérialiste, de­venu aventurier des mers reconverti en aventurier intrigant ayant trouvé re­fuge en France, il propose ses services pour la réalisation de projets expansionnistes. Madagascar se trouvait dans la ligne de mire des visées de la France qui avait main mise sur l’ïle Maurice à l’époque dé­nommée Île de France. Talentueux écrivain, de ses récits Benyowsy a inspiré l’écriture à d’autres voyageurs explorateurs, signe que ses écrits méritent lecture d’œuvre littéraire. Brillant rhéteur iil sut con­vaincre ses commanditaires de lui fournir l’assistance de troupes conséquentes et de lui octroyer importants moyens financiers. Régulier à établir des rapports détaillés, Benyowsky l’était moins à relater la véracité concernant de prétendues réalisations mirobolantes. Des commissions d’enquête ont révélé les supercheries d’un homme dont la vivacité d’esprit a été dépassée par une personnalité que l’on hésiterait à qualifier de mégalo ou de mytho. Toujours est-il que ses récits reflètent l’esprit des idées expansionnistes de l’époque. Pour la précision il n’est pas inutile de mentionner qu’il est mort à Madagas­car non dans des échauffourées contre des « indigènes » mais sous les balles d’un régiment de l’Île de France lancé à sa poursuite. L’épopée Benyowsky s’est déroulée de 1746 an­née de sa naissance à l’an 1786 date de son décès, soit plus d’un siècle avant le traité de colonisation.
Rebaptiser sans faire de complexe
Le ministère de la Culture a pris l’initiative de baptiser ou de rebaptiser des monuments et infrastructures qui le né­cessitent. Aucune honte à le faire, au contraire c’est signe que l’on se trouve dans l’ère où l’on remet les pendules à l’heure pour rendre à César ce qui revient à César, (un peu impérialiste à le dire, non?). Toutefois plus qu’à mettre l’accent dans un entendement politique de l’opération on gagnerait sûrement à l’entreprendre en inclinant à manifester davantage une volonté de restaurer la culture par l’hommage que l’on rend à des prédécesseurs qui ont travaillé dans la discrétion en des périodes ingrates.

Léo Raz

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