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Perturbation des filières agricoles: le Covid-19 affamera-t-il Madagascar ?

Perturbation des filières agricoles: le Covid-19 affamera-t-il Madagascar ?

Il a anéanti le tourisme. Il cloue au sol les avions. Il ronge l’économie en général. Mais quel impact le Covid-19 aura-t-il sur le secteur agricole en particulier ? Le virus va-t-il contaminer la chaîne d’approvisionnement de la nourriture locale ? Les réponses demeurent encore floues… Mais de nombreux indices laissent à penser que les prix vont augmenter. Une forte inflation du riz priverait par exemple de repas une partie de la population. Le pays pourrait même subir une “pénurie”. C’est le mot du gouvernement, dans le tout récent Plan Multisectoriel, publié le 1er juillet, et qui vise à relancer le pays.

L’enjeu agricole est énorme. Les trois quarts de la population de Madagascar travaillent dans l’agriculture, et la très grande majorité des Malgaches se nourrissent de produits locaux, à cause des difficultés d’approvisionnement en brousse et du coût élevé des produits importés.
Pour le moment, le Covid-19 entraîne seulement de faibles secousses sur le domaine agricole global. Le secteur primaire enregistrerait un taux de croissance de 3,5% cette année, contre les 4,6% initialement prévu, d’après la Loi de finances rectificative (LFR) 2020. Sur les marchés d’Antananarivo, les prix des denrées alimentaires produits localement, notamment les fruits et légumes, ont légèrement augmenté, car le confinement a perturbé les chaînes d’approvisionnement. Mais sans gravité.

Cependant, côté production, le Covid-19 entraîne déjà des secousses plus fortes. En raison de la faible demande des consommateurs, “les producteurs sont confrontés à des problèmes de surproduction”, note le Plan multisectoriel. Les opérateurs doivent donc stocker leurs marchandises faute de pouvoir les écouler. Or, “les produits périssent car le conditionnement n’est pas satisfaisant”, constate le document. Les éleveurs de poulets de chair, les producteurs laitiers, et les fournisseurs de produits de la mer seraient particulièrement touchés.

Mais c’est le secteur rizicole qui pourrait subir le séisme. Pour l’heure, le prix du riz est resté stable (entre 1 900 et 2 200 ariary à Tana), après les fortes hausses du mois de mars, en début de confinement. Néanmoins, une augmentation est à craindre dans les prochaines semaines car la crise sanitaire a impacté les habitudes des riziculteurs, notamment dans l’Alaotra, le principal grenier à riz de Madagascar.

Le mécanisme est le suivant. Habituellement, les festivités commencent dans les zones rurales, dès le 26 juin, et se poursuivent en juillet avec des foires et des kermès. “D’habitude, les riziculteurs vendent leur stock de riz pour assister à tous ces évènements”, note Zaka Randriampeno, directeur régional de l’Agriculture dans l’Alaotra Mangoro. Mais cette année, toutes les festivités sont interdites. Les besoins en argent liquide des riziculteurs sont donc réduits. “Et ils préfèrent garder leurs stocks de riz”, conclut Zaka Randriampeno. Autre singularité cette année, les riziculteurs ne doivent pas payer les frais de scolarité, en raison de l’incertitude sur le calendrier scolaire.

“La baisse du stock disponible sur le marché a ainsi a entraîné une hausse des prix dans le district d’Ambatondrazaka”, remarque Zaka Randriampeno. Le prix du kilo du paddy dans ce district est déjà de 1 000 ariary actuellement, si celui-ci oscillait entre 800 et 900 ariary au début de la récolte. Le prix du riz de première qualité, le “makalioka”, varie, quant à lui, entre 1 500 ariary et 1 700 ariary. Toutefois, une baisse des prix pourrait survenir dans les prochains jours car les agriculteurs devront bientôt s’acquitter de leurs échéances de prêt de microfinance.

Outre ces effets sur les prix, la quantité de riz pourrait aussi poser problème. Les riziculteurs dans l’Alaotra craignent que les nombreuses digues et barrages détruits par les inondations de fin janvier ne soient pas réhabilités à temps pour la prochaine campagne rizicole. Car les priorités sont aujourd’hui fixées sur la lutte contre le Covid-19 et seuls des travaux d’urgence ont été réalisés depuis les fortes pluies.

Or, cette année, à cause du Covid-19, ces perturbations dans la filière rizicole font planer un risque de “pénurie”, selon le gouvernement. Car le riz d’importation ne pourrait pas forcément alimenter le pays, alors que c’est toujours le cas ; d’habitude. Selon le Plan multisectoriel, “le pays reste vulnérable au dérèglement de la logistique et de la distribution à l’échelle internationale. C’est pourquoi, il y a un risque réel de pénurie de riz vers la fin de l’année 2020 et pour la prochaine période de soudure. Le gap prévisionnel est estimé à au moins 200 000 tonnes de riz blanc.”

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