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Chronique: tribulations d’une cadillac présidentielle

Le pire sort fait à une automobile c’est de ne pas rouler à la mesure de sa vocation. Il y a gros à parier qu’à 60 ans cette décapotable de luxe n’a pas eu l’occasion d’engranger un vénérable nombre d’heures de vol et qu’elle n’affiche au compteur que quelques milliers de kilomètres quand elle aurait pu en avaler des centaines de mille. Vestige avant d’avoir pleinement servi, son destin s’est arrêté à être pièce de musée secrète, sans que le public n’ait vraiment été informée sur ce que l’on en a fait. Que de fantasmes à son sujet. Sa réapparition a surpris autant que le surgissement d’un lapin de la boîte d’un magicien. Que les chefs d’état précédents ne s’en soient pas servi épaissit le mystère. L’acquisition a provoqué quelques remous à l’époque, le financement et la propriété ont soulevé autant de questions que de soupçons. La réponse concernant la propriété est désormais éclaircie, c’est un bien de l’état, de plus elle apporte la preuve qu’en certaines circonstances l’état sait prendre soin du patrimoine. Pourtant encore aujourd’hui on entretient une ambiguïté, « la cadillac de Tsiranana, alors que tout témoigne que c’est une automobile appartenant à l’état affectée à la Présidence de la République. Si des reproches ont été faits à l’encontre du Président Tsiranana concernant des acquisitions ostentatoires , c’est surtout à propos de la commande d’une mercédès 600 blindée à bord de laquelle il aurait voulu parader à l’occasion de l’inauguration de son nouveau mandat en 1972, épisode qui n’a pas été.
Les circonstances de l’acquisition de la cadillac relèvent certes de l’anecdote. Il arrive que l’on n’éprouve que mépris pour les anecdotes que l’on dit alimenter les rumeurs et créer des légendes plus qu’à nourrir de réalités l’histoire, pourtant souvent les anecdotes participent à illustrer les us et coutumes d’une époque. C’était le temps des nouvelles Républiques émergeant du carcan de la colonisation. La qualification de pantin, de marionnette ou d’autres noms d’oiseau pour caratériser les présidents des républiques africaines de l’époque fait dans l’outrance, s’il faut reconnaître que quelques-uns agissaient parfois de façon puérile et que « mère-patrie » passait sur certains caprices et subvenait même à en satisfaire quelques-uns. On raconte que le président ivoirien affichait un penchant pour les grosses cylindrées décapotables, de préférence Cadillac. Ainsi a débarqué cette cadillac en vue d’une visite officielle qu’a effectuée le président Houphouet-Boigny, sans que l’on sache qui a déboursé pour l’achat du joujou excentrique en rapport au niveau de vie de la population. Si des doutes subsistent il y a prescription, à se fier aux apparences l’objet n’est pas frappé de péremption, outre le bon usage de s’en servir question amortissement, la bête a de la gueule et reflète un kitch de bon ton.

Léo Raz

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