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Chronique : soixante ans, c’est peu et c’est beaucoup à la fois

Soixante ans : c’est peu et c’est beaucoup à la fois. Pour nous, ce sont déjà quatre républiques aussi diverses qu’opposées. Soixante, c’est le nombre d’années qu’il nous aura fallu pour multiplier par quatre et demi la population du pays.

Il y a soixante ans : c’était hier. Les jeunes adultes dont la naissance avait été enregistrée à l’état-civil indigène pouvaient enfin prétendre à une citoyenneté honorable.

Il y a soixante ans, quelques-uns de nos aînés rejetaient la citoyenneté française par patriotisme. Aujourd’hui, certains de leurs descendants leur font la leçon du pragmatisme et cherchent par tous les moyens à recouvrer la nationalité honnie de leurs grands-parents qui avaient choisi de croire en l’avenir d’une nouvelle nation.

Il y a soixante ans -c’est-à-dire un peu plus de deux générations, c’est peu et c’est beaucoup à la fois – nos aînés se sont retrouvés dépositaires d’un héritage dont il leur manquait des bribes. Aujourd’hui, nous leur reprochons leur manque de clairvoyance, leurs tâtonnements et nos échecs.

Il y a soixante ans, l’école publique était au cœur d’un projet de société ambitieux mais réaliste. Nos aînés espéraient que tous auraient la chance de faire valoir leur mérite pour trouver leur place dans la nation moderne. Aujourd’hui, nous aimons parler d’éducation pour tous, de droits humains, d’égalité des genres ou d’autonomisation des filles. Mais nous résistons très difficilement aux privilèges du statut offert par le hasard de la naissance. Nous résistons encore moins à ceux du statut gagné de haute lutte quand le poste objet de toutes les convoitises nous est enfin accordé.

Au milieu de nos réussites, de nos revers et de nos désastres, un survivant d’avant-hier nargue nos élans nationalistes et patriotiques. Plus tenace qu’une mauvaise herbe, le franc tient la dragée haute à l’ariary, symbole s’il en est de la souveraineté nationale réaffirmée, et cela depuis bientôt dix-huit ans. Dix-huit ans, c’est beaucoup. Mais à l’aune de nos soixante ans d’indépendance, c’est tellement peu…

 

Kemba Ranavela

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