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Kraoma : 150 jours sans salaire

Kraoma : 150 jours sans salaire

Les employés comptent les jours. La paie n’arrive pas. Depuis mi-décembre 2019, la Kraoma, qui exploite du minerai de chrome depuis 50 ans à Madagascar, ne verse plus les salaires. L’ensemble de 450 travailleurs de la mine de Brieville et des 60 employés de bureau à Antananarivo vivent comme ils peuvent. Depuis environ 150 jours. Certains en sont réduits à vendre leurs biens pour nourrir leur famille.

Le président Rajoelina avait pourtant fait de cette société d’Etat, la “fierté malagasy” comme on l’appelle, une affaire capitale. Il avait promis, lors d’un meeting sur place durant la campagne électorale de 2018, un prompt redressement.

Aujourd’hui, la situation est pire que jamais. Pour attirer l’attention des élus, des employés de la Kraoma ont manifestés récemment devant le Centre de Conférence International d’Ivato, où siègent actuellement les députés en session parlementaire ordinaire. Après coup, les employés se sont aussi rendus à Ambatobe, le quartier où réside le président de la République. Écriteaux en main, ils voulaient croiser sa route. Mais ils n’ont trouvé qu’un de ses gardes du corps, qui leur aurait promis de passer le message à son patron.

Redressement raté

Si les manifestations n’ont qu’un impact limité, les employés réclament en revanche des mesures radicales. Ils exigent la démission de Nirina Rakotomanantsoa, l’actuel directeur général de la société.

Les employés le voient comme le principal responsable de l’absence de paie depuis 5 mois. Ils l’ont accusé publiquement, mi-avril lors d’une réunion publique à Brieville, d’avoir vendu illégalement du minerai de chrome dont la recette n’aurait jamais atterri dans les caisses de la société. Ils l’accusent aussi d‘avoir fait entrer des exploitants chinois illicites sur des périmètres d’or de la Kraoma. “Il y aurait une grande proximité entre le directeur général et le député, Alexandre Ratsimanosika”, affirme encore une source sur place. Nous n’avons pas pu vérifier ces informations mais les déclarations témoignent en tout cas du climat de défiance entre la population et les autorités.

Ancien expert des mines auprès de l’Initiative pour l’Emergence de Madagascar, le programme d’Andry Rajoelina, Nirina Rakotomanantsoa était entré en fonction en février 2019. Il a hérité d’une situation déplorable, qu’il n’a pas su redresser. Sur les 18 derniers mois, l’activité est quasiment à l’arrêt, alors que la société exportait entre 160 000 et 250 000 tonnes de chrome concentré par an, jusqu’en 2018. Du coup, la Kraoma a perdu sa rentabilité. On annonce aujourd’hui une dette qui s’élève jusqu’à 101 milliards d’ariary et des pertes de 39 milliards d’ariary sur 2019.

Silence radio des autorités

Seul un investisseur externe semble pouvoir sauver la société. Selon nos informations, le directeur général cherche d’ailleurs de nouveaux partenaires depuis plusieurs mois, indiens ou chinois. Mais sans résultats apparents pour le moment.

Il y avait bien un investisseur étranger : l’entreprise russe Ferrum Mining. Ils ont d’ailleurs payé les salaires entre fin 2018 et mi 2019, et une bonne partie du matériel. Mais à présent, ils refusent d’injecter plus d’argent, s’estimant floués, car les périmètres qu’on leur a attribués ne renfermeraient pas les quantités contractuelles de chrome, 3 millions de tonnes. Ils attendent aujourd’hui des dédommagements ou de nouveaux périmètres.

Et le reste des autorités concernées ne semble pas réagir pour le moment. “Le ministère des mines nous tourne complètement le dos !” hurle un employé de la Kraoma. Il semblerait aussi que le ministre Fidiniavo Ravokatra n’est pas habilité à parler de l’affaire aux journalistes. Des sources confient que le numéro un des Mines a tendance à renvoyer la balle à un de ses directeurs généraux qui envoie lui-même balader les journalistes.

Tiana Ramanoelina

La Kraoma estropiée par les scandales du passé

En même temps que la situation de la Kraoma se dégrade, un scandale a éclaté. L’ancien directeur général, Arsène Rakotoarisoa, fait l’objet d’une enquête au niveau de la police économique et a été placé sous mandat de dépôt en début d’année. Le dossier concerne des fraudes massives et des vols. En effet, d’après les résultats de l’audit mené par “Delta Audit” et “PWC” en 2018 et 2019, 34 000 tonnes de produits auraient été volés. Il y a eu également des produits qui ont fait l’objet d’exportation illicite. A cela s’ajoute les fraudes et les ventes illicites. Une mauvaise gestion des anciens dirigeants a été également constatée.

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