Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Crise économique: le travail a repris. La reprise est absente

Crise économique: le travail a repris. La reprise est absente

Les caisses et les poches des commerçants peinent à se remplir. Car eux sont à leur poste, mais pas les clients. En règle générale, malgré la levée partiel du confinement, le 20 avril dernier, tous les travailleurs indépendants restent en grande difficulté économique à Madagascar. Comment évaluer cette situation ? Il est difficile, voire impossible, d’avoir une vision globale de la violence de la crise à cause de l’absence de statistiques sectorielles fiables. Nous avons donc choisi de partir de la base, de témoignages, de paroles de citoyens malagasy, pour rendre compte de la situation. Nous avons rencontré plusieurs commerçants. 

Norotiana, gargotière : “Je n’ai jamais connu une telle crise”

Norotiana tient une gargote depuis le début des années 2000 dans le quartier d’Ambondrona, à Antananarivo. “Depuis que j’exerce ce métier, je n’ai jamais connu une crise comme celle-ci”, déplore-t-elle du haut de ses quarante ans. Cette gargotière a pourtant déjà traversé les deux grandes crises politiques de Madagascar. “Même en 2002 et en 2009, en plein milieu des événements, on avait de nombreux clients car les manifestants de la place du 13 mai montaient vers Ambondrona et vers les quartiers aux alentours pour se ravitailler”, se souvient-elle.

En 2020, même après la levée partielle du confinement, le 20 avril, Norotiana a rouvert sa gargote mais les clients ne sont pas revenus. “Au début, je ne faisais que 10% de mon chiffre habituel, et depuis début mai, je suis montée seulement à 40%”, regrette-t-elle. Le problème c’est que la grande partie de la clientèle de Norotiana se compose d’étudiants d’un institut privé juste à côté de sa gargote. Mais, depuis les premiers cas de coronavirus à Madagascar, les cours sont suspendus. Norotiana n’a donc plus qu’une dizaine de clients par jour.

Gilbert et Monia, éleveurs de poulet : “Nous avons fermé notre activité”

Gilbert et Monia élevaient des poulets de chair dans la commune rurale de Morarano, à Imerintsiatosika. Ils ont tout simplement décidé d’abandonner leur activité. “Les principaux preneurs de poulet de chair sont les organisateurs d’évènement. Maintenant que tout regroupement de personnes est interdit, on ne peut plus écouler nos produits”, remarquent-ils… L’élevage de poulets de chair a pourtant beaucoup rapporté à ce couple. Selon les explications de Monia, “nous investissions dans les 7 millions d’ariary dans l’élevage de 500 poulets de chair qui sont prêts au bout de 45 jours. Nous gagnions un bénéfice net de 2 millions d’ariary.” Mais au mois d’avril, leurs 500 poulets n’ont pas trouvé preneur. “Nous étions contraints de les brader aux marchands dans la commune pour pouvoir les écouler au plus vite car les charges ne cessaient d’augmenter”, raconte Monia. En temps normal, le prix du kilo au niveau des éleveurs varie entre 8 000 ariary et 9 000 ariary, alors que Gilbert et Monia ont vendu leurs produits entre 4 600 ariary et 5 200 ariary le kilo. “Nous avons enregistré une perte de 2 millions d’ariary avec la dernière vague de 500 poulets”, confie Monia. Ce couple se penche à présent sur la culture du riz, d’autant que c’est la saison de la récolte.

Hanitra, coiffeuse : “J’ai perdu les trois quarts de mes clients”

Hanitra exerce le métier de coiffeuse depuis maintenant 13 ans, à Ambohitrimanjaka, près de la capitale. Elle, qui élève seule sa fille unique, se sent démunie aujourd’hui face à la chute de son commerce. En temps normal, le samedi est le jour de rush pour les coiffures. Hanitra fait même appel à une aide-coiffeuse quand les clients sont nombreux. “J’accueillais entre 15 à 18 clients le samedi avant la crise. Aujourd’hui, seuls 3 à 4 clients passent. Et il y a d’autres jours où je ne reçois qu’un seul client durant la demi-journée où on m’autorise à travailler. En tout j’ai perdu les trois quarts de mes clients”.

Cette chute de fréquentation résulte directement des mesures sanitaires. “Les gens qui viennent chez moi ont tous un évènement particulier de prévu, un rassemblement, ou alors ils ont besoin d’une belle coiffure pour aller travailler durant la semaine. Mais aujourd’hui tout est chamboulé”, confie-t-elle. Signe visible de la baisse de son activité : l’électricité. “Avant, je consommais jusqu’à 140 Kwh d’électricité, par mois. Depuis le confinement, je suis entre 36 et 40 Kwh”.

Pourtant, cette mère de famille doit toujours payer ses charges mensuelles comme les loyers de sa maison et de son salon de coiffure. “On a vu depuis le début de la crise sanitaire qu’une partie des ménages malagasy ont reçu une aide l’Etat. Je lance un appel au Président : soutenez aussi les personnes qui travaillent pour leur propre compte.”

 

Les commentaires sont fermées.