Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Pour relancer Madagascar : le “plan de mitigation” en construction

Pour relancer Madagascar : le “plan de mitigation” en construction

Il s’agit de bâtir la fois un plan de sauvegarde et un plan de relance. Et l’État affiche sa collaboration avec le secteur privé pour trouver des solutions à la crise économique qui frappe Madagascar dans le sillage de la crise sanitaire qui frappe le monde. Une première réunion s’est tenue le 7 avril. Les ministres de l’économie et de l’industrie étaient présents, entre autres invités de marque.

Le besoin d’un tel plan est immense. Le covid-19 a anéanti le tourisme temporairement, soit 44 000 emplois directs impactés, 300 000 emplois indirects, 1 900 milliards d’ariary de perte de chiffre d’affaires pour les entreprises du tourisme, soit l’équivalent de près de 5% du PIB (d’environ 43 000 milliards d’ariary), selon les premières estimations du groupe de travail sur le plan de mitigation.

Dans les entreprises franches, ce sont 150 000 emplois qui sont impactés. Dans les centres d’appels, ce sont 15 000 emplois directs mais beaucoup d’activités économiques indirectes parce que les salaires sont environ de 650 000 ariary par mois -plus de trois fois le salaire minimum légal à 200 000 ariary. Tout un écosystème de bars, restaurants, et loisir dépend de ces salaires, sans compter les membres des famille. Et bien sûr, le secteur informel qui occupe 93% de la population pâtit durement du confinement.

Plus largement, “on assiste à une dégradation de la trésorerie des entreprises, les petites et les moyennes étant les plus impactées”, constate Tahina Rakotoarisoa, économiste au Cercle de réflexion des économistes de Madagascar.
Le choc est aggravé par une pénurie de main d’oeuvre car le télétravail est rarement praticable ici à Madagascar et donc ca peut désorganiser les chaînes de production. Même si en ce moment, beaucoup d’entreprises se tournent vers les forfaits internet avantageux de Facebook pour travailler à distance.

Dans le powerpoint de la réunion du 7 avril, le constat macroéconomique est globalement le même. Rien n’est épargné. “Perturbation des chaînes d’approvisionnement d’intrants ; ralentissement de la production manufacturière ; diminution de la demande intérieure et extérieure ; problème de disponibilité financière ; effondrement du prix du baril (moins de recettes fiscales); pertes d’emplois et de compétences ; ralentissement de la croissance économique.”

On ne connaît pas encore les chiffres pour Madagascar, mais en France, à titre de comparaison, le PIB s’est effondré le 6% au premier trimestre 2020, selon la Banque de France.
“Chaque quinzaine de confinement nous coûte à peu près 1,5 % de niveau de PIB annuel et 1 % de déficit public supplémentaire”, a souligné le gouverneur de la Banque de France à la radio.

Pour répondre à cette crise, à Madagascar, un éventail large de mesures a été évoqué par le groupe de travail du plan de mitigation. “Mesures fiscales et sociales ; fonds de soutiens ; mécanismes de garantie des prêts ; mesures de soutiens bancaires ; contrat tripartite entre les consommateurs, l’Etat et le privé.”

La réunion devrait également permettre une meilleurs entente entre le public et le privé. Les premières déclarations d’Andry Rajoelina sur le report des échéances de la Jirama et des crédits bancaires se sont en effet faites sans concertation. La suppression des transports en commun a par exemple été très lourde de conséquences économiques. Entre l’heure de l’annonce, à 23h30 le dimanche 22 mars au soir et le lundi matin, beaucoup de managers qui font venir leurs salariés en bus ont dû passer une nuit blanche pour réserver des transports privés…

Le plan de mitigation définitif n’est néanmoins pas prévu pour tout de suite. Une réunion d’état d’avancement préliminaire est attendue dans 17 jours, ainsi qu’une réunion avec les bailleurs. La version définitive devrait être connu dans 20 jours, le 30 avril. D’ici là, le virus aura fait son bout de route.

Emre Sari

“Le plus grand risque pour l’économie” ?

“Le plus grand risque pour l’équilibre macroéconomique de Madagascar est le chute du cours des matières premières. Cela provoque une dégradation de la balance des paiements et un risque de baisse du cours de l’ariary“, analyse Tahina Rakotoarisoa, du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar

Le total des exportations du secteur extractif s’élève à 2 793,54 milliards d’Ariary, selon le dernier rapport EITI, paru en décembre 2019. Cela représente 27,59% de l’exportation totale du pays en 2018, et 25,12% en 2017. Et en 2018, 77% de la valeur des exportations minières proviennent du cobalt et du nickel d’Ambatovy, soit 21% des exportations totales du pays… Or, le cobalt a chuté de 15% depuis septembre 2019 dont 12% depuis début mars 2020. Et le nickel affiche des baisses, respectivement sur les mêmes périodes, de 38% et de 10%.

La conséquences d’une dépréciation de l’ariary serait l’inflation, et donc une diminution du pouvoir d’achat, avec potentiellement, en bout de course, la faim dans les foyers malgaches. Bien plus rapide à se répandre que le coronavirus.

Les commentaires sont fermées.