Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Chronique : Les uns et les autres

Alors qu’il était encore officieux, le confinement a réveillé notre peur de manquer. Dans certaines grandes et moyennes surfaces, on s’est rué sur les pâtes et le riz mais aussi sur le papier hygiénique. Quand viendra le moment de faire notre analyse, on en rira peut-être ; pour l’heure on apprend encore et toujours que le ridicule ne tue pas. Depuis que le confinement est officialisé, les grandes et les moyennes surfaces sont toujours ouvertes. On y trouve du riz, des pâtes et même du papier hygiénique. Qui l’eût cru ?

Dans ces magasins correctement achalandés, il est presque agréable de faire ses courses : on prend soin de ne pas se bousculer, on se sourit derrière les masques, on se sourit donc avec les yeux, c’est souvent plus sincère ; on respecte le sens de la file quand on fait la queue à la boucherie ou au rayon des produits laitiers ; à la caisse, on accepte de se tenir à distance des autres clients et on est poli avec la caissière, qui nous le rend bien. On ne le dit pas trop fort mais on apprécie finalement ces manières nouvelles qui nous obligent tous à faire preuve de civilité.

Ce monde quasi idyllique s’arrête hélas à la porte des commerces manara-penitra. Il en va tout autrement dans nos marchés où la promiscuité ne fait peur à personne, sauf peut-être à quelques éléments des forces de l’ordre qui surveillent les marchands comme je surveille les abeilles devant une ruche. J’ai toujours peur de me faire piquer.

A des années-lumière du monde quasi idyllique des commerces manara-penitra, on s’agglutine pour recevoir sa ration de vivres de base. A côté de ces distributions qui rassemblent beaucoup de monde, beaucoup trop de monde, le marché traditionnel fait figure de paysage pittoresque et bucolique. Ici aussi dans les files qui mènent à l’école publique du quartier, on a peur de manquer. Ce n’est pas nouveau. On avait déjà peur de manquer avant que le confinement ne réveille la peur de manquer des autres.

Les mêmes causes produisent-elles les mêmes effets ? Non, pas toujours.

 

Kemba Ranavela

Les commentaires sont fermées.