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Entraide pendant la crise du coronavirus : des Malgaches aident des Malgaches

Entraide pendant la crise du coronavirus : des Malgaches aident des Malgaches

Dans la lutte contre la pauvreté, des citoyens malagasy s’engagent, s’organisent, lèvent des fonds, distribuent de la nourriture… et recommencent autant de fois que nécessaire. Le réseau “Solidarité Madagascar” a été créé le soir même de l’annonce du confinement et se présente comme une “initiative citoyenne spontanée, apolitique et laïque”. Interview avec Dominique Rasanjison, un des leaders et par ailleurs designer social.

Pourquoi avez-vous choisi de créer ce réseau d’entraide ?

Pour la simple et bonne raison que Covid-19 nous a envoyé à la figure la grande précarité dans laquelle vivent bon nombre de Malgaches. Les lavandières, les chercheuses d’eau, les tireurs de charrette et autres journaliers n’ont pas les moyens de se constituer un stock pour le confinement. Ils sont habitués à vivre au jour le jour. Certains, voire la plupart d’entre eux, ne se trouvent même pas dans les chiffres officiels. Et il n’y a plus que les journaliers dans le besoin depuis le confinement. Certaines personnes salariés ont été mis en chômage technique…

Quels sont vos axes d’intervention ?

Le mouvement a été créé avec comme principal objectif de nourrir les démunis en temps de confinement. Notre première action a été d’aider la mairie d’Antananarivo à prendre en charge les 338 premiers sans-abris qu’elle a recueillis. Nous avons fourni des vêtements, des marmites, des couverts, du savon… À présent, à Antananarivo, nous ciblons la distribution de 1000 kits alimentaire (5 kilogramme de riz, un litre huile, 1 kilogramme de sucre, du savon, des légumineuses…), chacun pour une famille de 5 personnes. A Toamasina, nous avons distribué 90 kits à des personnes à mobilité réduites ce mercredi, nous avons déjà touché 2 250 personnes depuis une semaine et nous visons la distribution de 1000 kits de plus. Récemment, notre réseau d’entraide s’est aussi élargi à Morondava, à Fianarantsoa (où nous avons déjà identifié 250 personnes vulnérables, seniors, démunis hospitalisés et femmes détenues) et à Ambatolampy. Petite anecdote : le voyage Tana-Ambatolampy pour récupérer les marmites et cuillères nous a montré une autre catégorie de démunis : ces gens qui quittent Tana à pied pour rejoindre leur village.

Comment vous assurez-vous que les aides atteignent bien les gens qui en ont besoin ?

Nous privilégions le circuit court pour une plus grande transparence et une plus grande efficacité. Faute de statistiques officielles, les membres du collectif ont réuni eux-mêmes toutes les informations nécessaires. Pour bien cibler les plus démunis, nous avons contacté des chefs fokontany, des associations, des ONG qui ont l’habitude des actions humanitaires et qui connaissent la situation. Nous avons aussi joint la Commune urbaine de Tamatave avec plusieurs centaines de ménages vulnérables identifiés par des jeunes actifs dans la localité. A Tamatave d’ailleurs, le modus operandi s’est rapidement mis en place car les communautés Bohras et Khojas sont particulièrement organisées en matière d’aide sociale. Leur réactivité a permis aux associations locales de se greffer à leur action, malgré les émeutes dans les quartiers dits chauds comme la Verrerie ou les Abattoirs.

Quelles sont vos ressources ?

Nous avons créé une cagnotte en ligne, Leetchi, le soir même du lancement du mouvement une fois que nous avions clarifié notre objectif principal et les membres du collectif. Leetchi, c’était pour l’Europe, Tiin pour le Canada et Mvola pour Antananarivo. La provenance des fonds est très large : la diaspora malgache, des étrangers qui se sentent malgache de cœur, des nationaux de toutes les catégories sociales. A peine le mouvement créé, un élan de solidarité a surgi et chacun a proposé ce qu’il avait : dons pécuniaires, dons en nature (aliments, savon, friperie). D’autres ont souhaité se porter volontaires pour la distribution.

Quel est votre budget total du coup ?

Pour l’instant, nous avons récolté plus de 7 000 euros sur Leetchi, plus de 5 000 dollars sur Tiin et plus de 3 500 000 ariary sur Mvola, en 7 jours. Sans compter la valeur des très nombreux dons en nature.

Quels sont les autres défis en matière d’aides sociales ?

Nous aurions besoin d’une base de données disponible instantanément en cas de crise pour accélérer l’action. Nous devons aussi parvenir à aider sans créer de dépendance. Au contraire, il faut viser à élever l’autre, lui donner un coup de pouce pour lui faire regagner sa dignité. Nous allons mettre à profit nos compétences et nos capacités pour jeter les bases de quelque chose qui est de l’ordre de la valorisation de l’humain.

Emre Sari

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