Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Mercredi ! École buissonnière : derrière l’Androy, le Grand-Sud Et tout Madagascar indivisible

Début avril 1971 le grand peuple du Sud-Profond gronde. Antanosy, Antandroy, Mahafaly, les «aristos» qui peuplent ce presque désert, ce jour là en appellent à la solidarité de toutes les populations de l’Île. Peines perdues, cris semés dans ce désert épineux : personne ne les a entendus.

Difficile d’imaginer aujourd’hui la réalité de l’époque : des événements entraînant la mort de dizaines, de centaines, de + et + encore de victimes, endeuillent presque toutes les familles dans cette partie du territoire, à Antananarivo le pouvoir réussit à en organiser le secret et bloquer la diffusion des informations sur des faits d’actualité d’une telle gravité. Plus d’une semaine avant que le reste de la population du pays n’en soit informée et encore à partir de rumeurs.

À croire les populations de Sud-Profond vouées à devoir se battre seules en permanence. Chez elles les problèmes existentiels se sont relayés sans relâche, à peine se relèvent-elles d’une dure épreuve que succède une nouvelle adversité.

Durant la période coloniale bien avant les événements de 47 l’administration avait arrosé de produits défoliants les forêts du Sud pour déloger les habitants qui y ont établi refuge afin d’échapper aux diverses prestations exigées de tous les indigènes mâles (obligations d’indigénat : journées de corvée, impôt de capitation, disponibilité à des réquisitions…). En 1971 il y a eu cette révolte que des journalistes de quotidiens français «le Monde» et «le Figaro» venus couvrir l’événement avaient qualifiée de «jacquerie». Quelques décennies plus tard l’aggravation de la situation donnait raison et  à l’éruption de ces manifestations de détresse et à l’idée de les avoir qualifiées jacquerie, celle-ci désignant une révolte en raison d’une imposition de taxes injustes soit à cause d’une disette et des conséquences de celle-ci. Au milieu des années 90 voilà que l’on entendait pour la première fois le terme «KÉRÉ», famine ! État de misère sévissant par la suite de manière récurrente dans cette partie du pays. Et c’est encore dans cette région défavorisée que s’est développé sous forme de diverses dérives au début de ce siècle le phénomène dahalo : signal d’aggravation de l’insécurité répandue sur toute l’île.

De tous les maux dont souffrent nos sœurs et frères du Sud, a résonné en 1971 un message  dans leur appel qui n’a pas été entendu, sans doute renfermant pourtant le contenu et donnant le sens de ce qu’ils attendent de la solidarité nationale dans leur détresse.

Les personnes et groupes qui se sont succédé au pouvoir n’ont pas manqué de prétendre la volonté de s’atteler à la tâche, posant même le développement du Sud en challenge comme signe de réussite de leur politique…

Bavardages, gesticulations, montage de peplum-menteur mettant en scène organisations et personnalités crédibles pour des spectacles de «bruits et fumées» n’ayant servi que de sparadraps de surface sur plaies en profondeur. Désert de rocaille et forêts d’épineux résonnent encore du blabla et des verbiages lors du dernier spectacle du genre organisé par la ministre de la Population Onitiana Realy du temps de la présidence de Hery Rajaonarimampianina.

Les présidents n’y rendaient visite que rarement. Faisant exception serait-ce que Andry Rajoelina bâtirait du solide et prêterait foi à la pérennité de ce qu’il entreprend ? En tous cas il est le seul à avoir eu la volonté et le dévouement d’être descendu sur le terrain à plusieurs reprises. Faisant montre du courage d’affronter la réalité des chantiers et d’approcher de près les difficultés du vécu de la population, il appelle référence à l’adage : «qui effectue souvent des visites à la parentèle exprime l’amour qu’il lui porte et …».

1er Avril 1971 début de la fin de la 1ère République

Le vent de révolte soufflait que les autorités civiles et militaires n’en avaient cure estimant ne devoir accorder importance aux murmures d’une population suffisamment  affamée pour ne pas avoir la force d’être dangereuse : naïveté ou plutôt vanité trahissant à la fois un manque flagrant d’expérience et un trop plein de suffisance. À mépriser le danger et à ignorer ce que le désespoir peut soulever d’énergie, on court devant des déconvenues.

Ces populations ont fait appel à leurs souvenirs de «peuplades de guerriers», pour descendre dans les rues de chaque village, revêtus de la nudité de leurs anciennes tenues, lances et pétoires levés au bout des bras, sautillant au rythme des syncopées de guerre. Ça avait tellement eu de la gueule que les gendarmes pris au dépourvu ont cru avoir à faire à du vrai, s’en sont peut-être effrayés et à plus d’un endroit ont tiré dans le tas. Paniqués autant que furieux de voir leurs frères de manif abattus en démesure de l’entreprise, les «révoltés du Sud» ont tenté de riposter et faisant quelques très rares rares victimes dans les rangs des forces de l’ordre avant de tomber en héros à leur tour. La répression s’est faite sauvage, les sanctions sans considération humaine, alors que les heurts avaient reposé sur un malentendu. «Nous n’avons jamais eu l’intention de prendre ni même de déstabiliser le pouvoir», parole d’un manifestant enchaîné trainant une balle de Mas 36 dans la cuisse depuis deux jours. Qu’avez vous donc fait et voulu ? «Simple, explique-t-il, nous n’avons fait que mordre la main qui nous empêchait de crier famine, main qui déjà nous a retiré riz et manioc de la bouche».

À Antananarivo les élites de tous genres tenaient «séminaire sur le développment» et les étudiants entamaient les premières grèves qui un an après débouchaient sur le 13 Mai.

Renaissance du Sud vaudra signal de développement du pays

Malheureusement il n’y a pas que le Sud-Profond comme région à avoir été victime de mauvaise gouvernance, autrement il aurait plus d’une fois mérité la manifestaton d’un regret exprimé par l’état au nom de la nation entière. Il n’en reste pas moins qu’étant une des régions défavorisées le grand Sud d’Est en Ouest nécessite une préoccupation particulière pour des équipements de base des infrastructures de première nécessité, et même si il ne s’agit pas là de termes consacrés nous nous sommes compris. On ne fait là du reste qu’enfoncer une porte ouverte, le projet en début de chantier actuellement fait de l’approvision­nement en eau (potable, à usage domestique, pour les activités agricoles) une des priorités. Évidemment que la réfection des routes conditionnent un redémarrage pour rattraper les retards accumulés. La réussite en ces domaines ouvrirait la voie pour la reprise des activités et pour entreprendre de nouvelles, qui dans un deuxième temps par leurs besoins favoriseraient la nécessité de fourniture en énergie électrique en donnant la garantie d’amortir les investissements nécessaires pour en assurer la production.

Quand cette partie de l’Île éprouvée par bien de difficultés et de contrariétés dues au sort, se fait symbole et modèle de réussite plus rien ne prêtera prétexte aux autres d’être à la traîne et de vouloir s’en justifier.

Léo Raz 

 

Les commentaires sont fermées.