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Mamy Rakotondraibe, directeur général de la Cnaps : “Le plus grand défi est de convaincre”

Mamy Rakotondraibe, directeur général de la Cnaps : “Le plus grand défi est de convaincre”

C’est le principal fonds d’investissement public de Madagascar depuis 1961. C’est une des plus grandes forces de frappe financière du pays. C’est surtout l’assurance retraite, famille et travail d’environ 500 000 Malgaches. A Madagascar, la Cnaps fait partie du paysage.

Et pourtant elle peine à convaincre les citoyens et les citoyennes de cotiser. Le Président Rajoelina a aussi cité la Cnaps comme contributeur potentiel à un fonds souverain, à hauteur de 300 milliards d’ariary. Voici deux dossiers majeurs que devra arbitrer Mamy Rakotondraibe, le nouveau directeur général de la Cnaps, arrivé le 20 novembre 2019. Un poste difficile et laissé très chaud par le précédent directeur, Raoul Rabekoto. Ce dernier a tenu la maison pendant des années, avant de prendre la tête de la fédération de Football et de se faire la malle, en février 2020, lorsqu’une affaire de détournements de fonds à la Cnaps l’a touché… Mamy Rakotondraibe a accordé une longue interview aux Nouvelles.

Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas les arcanes de la Cnaps, pouvez-vous résumer son action ?

La Cnaps assure trois types prestations : les retraites, les accidents du travail et les prestations familiales comme les allocations maternité. Il faut souligner que nous ne nous occupons pas de la médecine du travail. Les cotisations sont payées par l’employé et par l’employeur selon des taux différents (voir le tableau).

Si on devait résumer la profession de la Caisse de par son objet social, elle doit exceller dans trois domaines précis, savoir collecter les cotisations de ses adhérents, savoir payer les droits et assurer les prestations qu’elle s’est engagée d’offrir et savoir gérer l’épargne qui lui a été confiée en le faisant fructifier en bon père de famille.

Quels sont vos défis aujourd’hui ?

Nous avons besoin d’augmenter l’assiette des cotisations. Nos 500 000 adhérents sont bien peu sur une population active en âge de travailler de 12 millions de personnes. Entre 400 000 et 500 000 personnes entrent sur le marché du travail à Madagascar chaque année et nous en captons très peu…. On sent une résistance. Les TPE (Toutes petites entreprises allant de 2 à 10 employés) et certaines PME peinent à cotiser malgré l’obligation légale car  Il leur est difficile de percevoir les valeurs ajoutées que nos prestations peuvent apporter. Le plus grand défi est de convaincre. Pour cela nous devons améliorer notre approche en mettant au centre de nos préoccupations nos adhérents. Nous devons moderniser notre façon de recevoir, nos interactions, la gestion des réclamations de nos adhérents, et bien sûr nos prestations. Beaucoup de choses peuvent être réformées sans forcément amender les textes. Pour cela nous devons mettre un accent particulier la notion de qualité sur le service que nous offrons. Des leviers évidents comme la simplification des procédures, l’accessibilité, la proximité et la transparence sont aujourd’hui en cours de mise en place. Tout le monde connaît la Cnaps, mais sa véritable mission  n’est plus très claire dans la conscience collective.

Nous voulons aussi élargir nos possibilités légales. Actuellement, nous ne couvrons que les travailleurs dans le cadre du code du travail, c’est-à-dire quand la relation employeur-employé existe. Nous ne couvrons pas les travailleurs indépendants ou les professions libérales. Avec le Ministère des Transports et du Tourisme et le Ministère de la Fonction Publique, nous étudions actuellement la possibilité d’inclure les transporteurs suburbains d’Antananarivo au deuxième trimestre de cette année.

A l’encontre le Cnaps, il revient souvent la critique que payer les cotisation revient à jeter de l’argent par les fenêtres et que les prestations n’arrivent jamais…

Je prends acte de cette critique… L’un de nos défis est de fluidifier et de faciliter le versement des prestations. Par exemple, aujourd’hui, si un employé est victime d’un accident en travaillant, son employeur doit avancer tous les frais médicaux et assurer les soins. La Cnaps accepte d’effectuer le remboursement qu’après des démarches administratives devant être effectuées conjointement par l’employeur et l’employé accompagné d’un audit sur la manière dont les soins ont été administrés. C’est trop long et dissuasif. Dès cette année, en 2020, nous aimerions que la Cnaps prenne en charge tout accidenté de travail en appelant un numéro vert. Une équipe d’urgence se déplace pour les premiers soins et effectue le transfert à l’hôpital si nécessaire.  Ce sont le genre de prestations que les entreprises devraient attendre de la Caisse pour leur permettre de travailler en toute sérénité .

Votre activité génère un surplus de cash. Vous percevez plus de cotisations que vous ne payez de prestations. De combien disposez-vous et que faites-vous de cet argent ?

Ce qu’il faut préciser, cet excédent n’est qu’une perception car elle sera utilisée pour payer les pensions futures.  Nous devons placer cet argent pour garantir sa parité de pouvoir d’achat dans le temps. Autrement il sera érodé par l’inflation.  Nous en avons d’ailleurs l’obligation légale. Pour ce faire nous ne réalisons que des placements sûrs. Nous en avons deux grands types. Premièrement, nous en confions aux banques sur des portefeuilles sans risque avec des taux de rendements entre 4% et 6%. Deuxièmement, et c’est notre meilleur placement, nous achetons des bons du trésor de l’Etat. Nous bénéficions alors des taux entre 9% et 10%. C’est aussi le plus stable et le plus sécurisé. L’Etat malagasy n’a jamais fait défaut. La répartition de nos fonds entre ces deux placements est d’ailleurs un axe de réflexion.

Andry Rajoelina a annoncé fin janvier vouloir utiliser les fonds de la Cnaps pour alimenter un fonds souverain au service du développement. Quel est le degré d’implication du politique dans les décisions d’investissement de la Cnaps ?

Je pense qu’il faut distinguer la volonté politique très louable de vouloir débloquer le potentiel financier du pays afin d’investir dans des projets de développement structurants avec retour sur investissement et l’opportunité financière offerte par un placement sécurisé avec un rendement certain. A Madagascar, nous n’avons pas vraiment d’institutions financières qui permettent à des entités comme la Cnaps de placer son argent de façon sûr et rémunéré avec la traçabilité que cet argent rend vraiment service à l’économie du pays. Nous n’avons pas de banque de développement, ou de banque d’investissement et encore moins d’un système de fonds souverain.  Comme conséquence, certaines banques chez qui nous épargnons, placent parfois elles-mêmes les montants aux bons du trésor et engrangent une plus-value non méritée. Il est donc logique que nous sommes très attentifs à des propositions qui pourraient nous permettre de placer nos excédents sans risque avec intérêts et en même temps pouvant financer directement des projets qui amélioreront les conditions de vie de nos adhérents. Cela se fait dans beaucoup de pays déjà avec beaucoup de succès.

 Qu’en est-il de l’affaire Raoul en interne ?

Elle ne suscite pas de vague. La justice suit son cours.

La semaine prochaine, nous consacrerons un article à part entière à l’affaire Air madagascar et à l’implication de la Cnaps via sa participation dans Air Austral.

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