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Chronique: équilibre régional

L’ancienne école normale, également connue sous le nom du résident général de France, Le Myres de Vilers, célèbrera cette année le cent vingt cinquième anniversaire de sa création. Jusqu’aux premières années de la Deuxième République, on y formait des enseignants originaires de tout le pays. Pendant longtemps, le principe du “recrutement” a reposé sur des quotas par province. Il y avait six provinces? Une classe de trente élèves comptait cinq élèves de chaque province. L’équilibre était respecté.

De quel équilibre parlons-nous ? D’un équilibre entre les élèves qui sortaient des collèges régionaux. Voilà qui ne surprendra personne en 2020 : la répartition et les quotas par région sont toujours aussi scrupuleusement étudiés dans les nominations officielles.

Si l’on emploie le même terme en 1963 et en 2020, ne nous y trompons pas, il ne recouvre pas la même réalité.

Un élève du collège régional de la province de Diego Suarez n’était pas toujours Antankarana ou Sakalava. Un autre du collège régional de Tamatave n’était pas toujours Betsimisaraka. Ils faisaient simplement partie du quota de la province dans laquelle ils avaient grandi et où ils avaient terminé le collège.

Aujourd’hui, se réclamer d’une région renvoie avant tout à un foko, beaucoup moins à la ville ou au village où on a passé sa jeunesse. L’équilibre régional de l’école Le Myres de Vilers a vécu. Il est passé de mode.

Si je me hasardais à revendiquer mon appartenance à un quota régional en m’appuyant sur le lien indéfectible qui m’attache à la ville où j’ai fait mes premiers pas, je me heurterais au mieux à un sourire gêné, au pire à une réaction outrée. Je serais renvoyée à mon foko et à une région où j’ai passé moins d’une semaine dans ma vie, à un régiolecte et un accent que je ne maîtrise pas.

Revendiquer mon appartenance à cette lointaine région pour me situer sur l’échiquier national serait dans l’ordre des usages politiquement corrects. Je continuerai néanmoins à me réclamer de la ville où je vis, même si je passe un jour plus d’une semaine loin là-bas dans le sud-est.

 

Kemba Ranavela

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