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Richard Randriamandranto: “Nous ne sommes pas dans la continuité”

Richard Randriamandranto: “Nous ne sommes pas dans la continuité”

Le texte intégral de la Loi de finances rectificative (LFR) est paru lundi 3 juin. Le Président Rajoelina s’est personnellement impliqué,pendant trois semaines, pour aligner le document sur la nouvelle vision du régime. Pour les Nouvelles, en exclusivité, Richard Randriamandranto, Ministre de l’Economie et des Finances, éclaire et défend le texte.

Qu’est-ce qui a pris autant de temps dans l’élaboration de la LFR et quels étaient les points les plus problématiques?

Une Loi de finances rectificative mérite beaucoup d’attention pendant la phase de transition que nous vivons. Nous passons d’un gouvernement à un autre. Nous mettons en place une nouvelle majorité. Et par ailleurs, nous sommes en pleine préparation du Plan Emergence Madagascar (PEM), pour les cinq prochaines années. Il va donc de soi que nous ne sommes pas dans la continuité. Nous devons nous assurer que les priorités du présent et du futur ne sont pas handicapées par cet esprit de continuité. Enfin, le Président a tenu à donner son avis ministère par ministère. Il faut le voir sous cet angle.

Combien de temps le Président a-til personnellement consacré à la LFR ?

Des heures et des heures. Parfois, on commençait à 9h du matin pour terminer à minuit. Non stop. Il était tout le temps là, avec le Premier Ministre et les autres membres du gouvernement. Il a joué ce rôle comme s’il était le député de toutes les régions.

Au début de la LFR, on lit un ensemble de pages qui rappelle toutes les priorités, tous les projets, secteur par secteur, et pas seulement pour cette année. Mais qu’en est-il des financements ?

Il faut retenir d’abord qu’il s’agit d’une LFR. C’est à dire qu’il y a un point de départ qu’on a rectifié : la Loi de finance initiale (LFI). Ca ne sera pas la même chose avec la LFI 2020, actuellement en préparation. Les priorités y seront redéfinies suivant un nouveau cadrage macroéconomique, pensé sur quatre ans. C’est la grande différence. Nous bénéficierons aussi de l’appui du FMI et il y aura une nouvelle majorité au parlement

Pour la nouvelle ville, Tanamasoandro, le coût est-il déjà arrêté ?

C’est sur la bonne voie. Mais ça ne se fait pas du jour au lendemain. A titre d’exemple, il est possible que le plan d’urbanisme du Grand Tana soit modifié en fonction des problèmes d’assainissement, de faisabilité de tel ou tel axe… Tout cela dans le but de désengorger la ville.

Est-ce que cinq ans suffisent véritablement pour faire sortir de terre cette nouvelle ville ?

Pourquoi pas ? Voire même moins de cinq ans. Une ville nouvelle se construit sur le moyen et le long terme. Quand Paris a été transformé par le baron Haussmann, ça lui a pris quelques années. [Les projets haussmanniens ont duré 18 ans, de 1852 à 1870, sous le règne de Napoléon III, NDR]. Les financements n’étaient pas encore acquis, mais en cours de route, il a trouvé la solution pour faire de Paris une ville moderne, à cette époque. Alors, pourquoi pas ? Il faut d’abord une vision qui transforme radicalement le paysage urbanistique de la ville. De nos jours, les technologies existent et le plus difficile sera de se mettre d’accord sur l’architecture des bâtiments, sur les axes principaux. De toute façon, le plan d’urbanisme, vous pouvez le consulter à la Direction Générale en charge des projets présidentiels.

Concernant les financements de la nouvelle ville, peut-on s’attendre à des financements extérieurs ?

Le projet sera financé à travers des ressources externes, mais l’Etat investira aussi une bonne partie de ressources propres. Les appels à projet sont en cours. Nous avons adopté, la semaine dernière, les textes permettant justement d’accélérer les procédures de passation de marché, à établir avec les entreprises du BTP. Il y aura aussi deux textes à finaliser cette semaine en Conseil de gouvernement.

Le budget accordé au Sénat cette année est de 22 milliards d’ariary, au lieu de 33 milliards d’ariary dans la LFI. Peut-on vraiment parler d’institution “budgétivore” ?

La vision du Président était de ne plus avoir de Chambre haute. C’était une promesse de campagne. Mais pour l’instant, ça n’a pas été réalisé pour des raisons de constitutionnalité. Maintenant, on va réduire les membres du Sénat à 18 sénateurs pour réduire les coûts. Dans le cas de Madagascar, le Sénat c’est d’abord une institution de conseil à l’Etat. C’est dans la Constitution. Donc le Sénat n’a pas à avoir une taille gargantuesque en matière de budget.

Par contre, la Présidence augmente son budget de près de 60 milliards d’ariary par rapport à la LFI (de 178 à 237 milliards d’ariary). Qu’est-ce qui le justifie ?

Le Président de la République est élu au suffrage universel direct. Ce n’est pas le cas du Sénat par exemple, ou d’autres institutions. Cela veut dire qu’entre le Président de la République et les citoyens, il doit y avoir une fusion totale sur ce que le Président doit faire durant son mandat. Cela explique à quel point son rôle est crucial. Il est donc tout à fait normal qu’il dispose de tous les moyens pour mettre en oeuvre sa vision. S’il n’était pas élu au suffrage universel direct, ca aurait été différent. Dans d’autres pays, c’est le Premier Ministre qui est élu d’une autre manière et qui à la main sur le guidon.

A ce propos, la Primature elle-même est dotée d’un budget conséquent : 204 milliards d’ariary…

La Primature fait partie de l’exécutif. La fonction exécutive est composée du Président de la République, et d’un Chef du gouvernement. Ils ne forment qu’une seule entité pour mettre en oeuvre la Politique Générale de l’Etat. Dans ce budget, il n’y a pas seulement des charges de personnels. Vous savez, la Primature est également en charge de la sécurité nationale. Ce qui oblige à énormément de déplacements sur tout le territoire avec ce que cela implique de dépenses, de l’ensemble de la Primature, et de tous ses organes rattachés.

Concernant les moyens militaires, vous annoncez des hélicoptères, des vedettes rapides… Mais le budget de la défense n’a pas vraiment varié par rapport à la LFI. Comment est-ce que vous allez financer ces équipements en 2019 ? Est-ce pour plus tard ?

C’est ce qui explique pourquoi on a du rectifier la LFI. Vous savez à quel point la situation sécuritaire dans le pays est alarmante et au regard de l’insécurité dans les zones éloignées des grandes villes. Il est clair qu’on ne peut pas pacifier sans mettre les moyens. C’est une évidence. L’hélicoptère permet de se déplacer sans trop de difficulté. Vous connaissez la situation topographique du pays.

Mais les hélicoptères, par exemple, ont été pris sur quel budget ?

Sur le budget Défense de la LFI. Mais bien sûr, il y a aussi des dons de matériel militaire, accordés par certains pays amis, qui aident Madagascar sur le plan militaire.

Concernant le coût de la vie, quelles sont les autres mesures à prendre outre la hausse du salaire minimum d’embauche à 200 000 ariary ?

J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’une Loi rectificative. Nous n’avons pas encore confectionné une nouvelle loi de finance. En dehors de cette promesse qui consiste à améliorer le salaire minimum d’embauche et des arrangements pour que l’IRSA ne soit pas imposé au-delà de 350 000 ariary, il n’y a pas eu jusqu’ici de grandes réformes en matière de politique salariale. Les grandes réformes, dans le secteur social, vont se faire à partir de janvier 2020. Nous sommes en pleines négociations avec les groupements, les syndicats, les sociétés civiles, nos propres services, et le Ministère de la fonction publique. Vous savez, l’Émergence signifie que le taux de croissance doit être le plus inclusif possible.

A quoi peut-on s’attendre en 2020, concernant ces réformes dans le secteur social?

Il faut d’abord améliorer les conditions dans les écoles. Le Président de la République a déjà montré l’environnement idéal à Tamatave lors de l’inauguration de l’école primaire, le 26 mai. Ensuite il faut aussi que les professeurs puissent être en mesure de mener à bien leur travail. Ce sont des priorités du gouvernement en Tout comme la mise en place de la couverture de santé universelle.

Cette couverture serait donc une sécurité sociale avec des remboursements des frais médicaux ?

Oui. En échange d’une contribution de 9000 ariary par an, ceux qui le veulent doivent avoir accès à des soins de santé de base. Ce n’est pas énorme comme contribution. Et il va falloir s’assurer qu’à travers d’autres mécanismes, nous puissions donner une garantie de soins aux 25 millions de Malgaches.

Pour finir, qu’en est-il de la subvention de la Jirama cette année ?

Pour cette année, il y a encore des engagements [la LFR n’en précise pas le montant, NDR]. Pour 2020, on doit diminuer les subventions destinées aux entreprises publiques, comme nous avons déjà fait avec Air Madagascar.

Recueillis par Riana Rakotoarisoa

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