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Chronique : la rue est à moi

Promenade dans la capitale. Il est difficile de musarder en regardant le ciel, pourtant d’un bleu souvent exceptionnel en cette saison hivernale. C’est que marcher dans les rues, les ruelles et les pittoresques escaliers de notre capitale demande une attention de tous les instants pour éviter les crachats, la morve, l’urine, les pelures de fruits en décomposition ou les bennes à ordures qui vomissent généreusement leur contenu, pour ne citer que ce que la décence nous autorise à écrire.

Les poubelles sont rarissimes et le service de ramassage des ordures est lamentable mais cela n’excuse pas le comportement pas moins lamentable des habitants de la capitale. Jeter une peau de banane ou un paquet de chips vide par la vitre de la voiture est l’usage pour éviter de salir l’habitacle de sa belle voiture ou sa place de bus ; ou, si on est à pied, pour ne pas surcharger sa poche ou son sac. Cracher pour ponctuer une phrase, ou cracher parce qu’on en a envie,  uriner sur un trottoir pour économiser cent ariary, remplir les bouches d’égout de bouteilles en plastique, c’est l’usage.

C’est ici, dans la rue, que se manifeste un singulier sens de l’égalité. Le principe, compris de tous, est très simple : la rue est à tout le monde, elle n’est donc à personne, on y fait ce qu’on veut, comme on veut.

Il roule dans une belle voiture blanche. Je traverse la rue sur un passage piéton fraîchement repeint en jaune, qui compte une bande un peu plus large que les autres, censée freiner les élans des automobilistes. Heureuse de pouvoir emprunter ce passage tout beau tout neuf, je jette distraitement un regard sur cette voiture blanche qui arrive vers moi. Une fois sur le trottoir, j’entends une voix qui semble m’interpeller. C’est le conducteur de la voiture blanche fâché de me voir traverser trop lentement à son goût. Il éloigne le téléphone de son oreille pour me crier, en français : « On est à Madagascar madame ! ». Ah oui ? J’aurais pu lui rétorquer que la rue est à tout le monde, donc à moi, mais il a déjà recollé son téléphone à l’oreille.

 

Kemba Ranavela

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