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Saisie de zébus à Ambatoloaka: sur un air de soupçons

Saisie de zébus à Ambatoloaka: sur un air de soupçons

Des habitants d’Ambatoloaka, district d’Andilamena en Alaotra Mangoro, affirment que des gendarmes ont saisi abusivement environ 600 de leurs zébus. «Ces gens sont des dahalos et nous récupérons des bêtes volées», déclarent au contraire les officiers. Nous avons mené l’enquête…

Ils auraient pu être des dahalos ingénieux… Et très culottés. Des habitants des environs d’Ambatoloaka (district d’Andilamena, en Alaotra Mangoro) clament que des gendarmes ont abusivement saisi environ 600 de leurs zébus, mi-juin. «Ils sont venus, ont pris nos bêtes, n’ont pas contrôlé leurs papiers et ils disent que nous sommes des bandits», se plaignent-ils. En plus, ils ont arrêté un jeune bouvier de notre village, qui est attardé mental et mineur, et ont frappé un vieux monsieur.» Fin juin, ces gens se sont rendus dans la ville de Mampikony, à une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau de chez eux, là où se trouvent une partie des zébus en fourrière, pour réclamer qu’on leur rende.

Par contre, selon les gendarmes, qui ont effectivement organisé une opération anti-dahalos et de récupération de bœufs volés, c’est un succès… Les Nouvelles ont mené l’enquête. Nous nous sommes rendus sur place et avons interrogé les deux parties. Nous avons pu démontrer la fragilité et la duplicité de certains éléments côté gendarmes. Plus important, leur version change au fil du temps… Et accrédite donc celle des habitants d’Ambatoloaka.

«Leur opération est un gros mensonge», n’hésitent pas à clamer certains, victimes des saisis ou non. Au final, l’opération pourrait déposséder définitivement environ 600 zébus de leurs propriétaires légitimes, faussement accusés de banditisme. Valeur totale estimée : 900 millions d’ariary, soit environ 220 000 euros. Ainsi, la procédure judiciaire, en cours, ne tranchera pas seulement une question de propriété. Elle décidera de la ruine, ou non, d’une dizaine de familles de paysans et d’éleveurs.

En cette période de lutte acharnée contre l’insécurité, l’affaire dérange. Les déclarations des victimes remettent en question l’intégrité -et/ou la compétence- de plusieurs officiers de gendarmerie. L’affaire jette aussi le doute sur les opérations futures… Et sur la communication des opérations futures.

Quelques détails sur celle-ci : quatre compagnies étaient mobilisées du 10 au 25 juin: Antsohihy, Port-Bergé -avec des hommes de Mampikony-, Mandritsara, et Andilamena. Les gendarmes étaient accompagnés de nombreux habitants du district de Mampikony. C’est la Circonscription régionale de la gendarmerie nationale, CIRGN, de Majunga qui a monté l’opération. Des gendarmes sont arrivés dans la zone d’Ambatoloaka le 17 juin. Ils sont restés deux jours. Le 21 juin, ils ont ramené deux hommes, un maire et le jeune bouvier, à la gendarmerie de Mampi­kony, ainsi que les bœufs à la fourrière.

617 zébus sur le papier

C’est là que nous commençons notre enquête, ce 23 juin. Les zébus saisis sont là… Mais leur nombre est incertain. Et le bilan officiel se contredit au fil du temps. Au départ, les autorités annonçaient 400. Mais ensuite, la gendarmerie fait état de 524 zébus ramenés à Mampikony et 93 à Marovato, district de Port Bergé (voir ci-contre). Finalement, lors de notre passage à la fourrière, un comptage rapide permet d’affirmer que l’enclos contient au plus 300 zébus. 200, au moins, se trouvaient donc ailleurs ce jour….

Les gens d’Ambatoloaka, présents sur place, affirment reconnaître une partie des zébus qui leur appartiennent légalement. Ils exhibent volontier les cahiers des bêtes. Les détails ne manquent pas. «Nous avons plusieurs marques, détaille un propriétaire. Voici les ZNC. Z, c’est pour la région d’Ambatondrazaka et NC c’est pour le nom de mon père. Il y aussi RGV pour le nom de mon oncle. Il est d’ailleurs décédé il y a deux semaines. Voici son certificat de décès.»

A l’inverse, malgré nos demandes auprès des habitants de Mampikony et environs, nous n’avons pas pu consulter leurs éventuels cahiers de recensement de zébus, qui prouveraient leur propriété. Nous rencontrons ces supposées victimes dans la cours de la gendarmerie de Mampikony. Ils sont une cinquantaine, assis sous les arbres et attendant manifestement la restitution de «leurs bêtes.»

Mais lorsqu’on discute avec eux, impossible de confirmer leur histoire. «Nous avons perdus des zébus en 2015 et 2017», dit bien l’un d’eux, résident de la commune de Komajia. Mais il ignore combien et quand précisément. Un autre dit aussi en avoir perdu. Combien ? «C’est le brigadier qui sait», répond-il. Plus tard, un autre avouera même qu’il n’a pas perdu de zébu, en baissant la tête.

Un témoin menotté

La justice indique en plus qu’elle n’a pas reçu leurs plaintes, alors que la gendarmerie affirme qu’elle en a enregistrées. Une telle procédure est possible, mais indique que ni le procureur, ni un magistrat, ni même un avocat n’a été saisi par ces gens.

Pourtant, ce 23 juin, le brigadier, lui aussi, les désigne comme victimes. Il poursuit : «Selon nos renseignements, ça fait quatre ans qu’énormément de zébus volés dans notre région finissent à Ambatoloaka». Mais l’histoire aurait encore plus d’envergure : «Nous sommes tombés sur toute une filière, qui inclut le maire de Maitsokely, la commune qui englobe Ambatoloaka, que nous avons arrêté», se félicite le brigadier.

Les gens d’Ambatoloaka nous confirment eux-aussi des attaques, en novembre 2018, dans les communes de Marovato et de Port-Bergé par des dahalos résidants près de chez eux. «Mais ce n’est pas parce que des dahalos habitent près de chez nous que nous sommes tous des dahalos !», s’exclame un habitant qui vient de marcher deux jours, depuis son village, pour récupérer ce qu’il affirme être ses bêtes.

Dans la gendarmerie, ce 24 juin, nous apercevons aussi le «témoin oculaire», la «pièce maîtresse de l’affaire», selon les officiers. C’est le jeune bouvier. Il est là, assis par terre, menotté à une jante de voiture. «Nous l’avons attaché pour le protéger de ses anciens amis. Ils pourraient lui en vouloir de les avoir dénoncé», nous dit-on. Selon les officiers, le jeune aurait en effet confirmé les suspicions des gendarmes et dénoncé les activités criminelles des habitants d’Ambatoloaka et du maire de Maitsokely. «Il a aussi dit où se trouvaient les armes et les munitions», ajoute un gendarme.

Mais malgré ces «aveux» et les autres renseignements, les forces de l’ordre n’ont pas saisi de fusils, de pistolets ou de munitions. Ils sont par contre tombés sur une paire de jumelles. Un élément qui leur semble à charge… «Une coïncidence douteuse (…) inéluctablement une dotation des militaires», disent-ils (voir ci-dessous).

En outre, l’âge du jeune homme n’est pas certain. Selon les gendarmes, il est né en 2001 et serait tout juste majeur. Un examen somatique le prouverait. Mais selon sa mère, il n’a que 15 ans, né le 22 avril 2004. «Et il a un problème mental, tout le monde le sait chez nous», ajoute-t-elle.

Des acheteurs de zébus en embuscade

A présent, quelle sera la suite de cette opération montée sur des renseignements peu précis, et dont la crédibilité repose en grande partie sur le témoignage d’un jeune, potentiellement mineur, dont la mère affirme qu’il est attardé mental ? Depuis dimanche 30 mai, les gendarmes procèdent à des opérations de contrôle de papiers, en présence d’un huissier. Il s’agit notamment de vérifier les dires des habitants d’Ambatoloaka sur l’ensemble des zébus. Un juge d’instruction devrait prendre en main la suite des investigations et trois personnes ont été déférées au parquet. Le jeune bouvier reste un témoin et n’a pas été inculpé.

En attendant, la ruine menace ceux qui ont perdu leurs zébus et de lourdes questions demeurent. Les véritables propriétaires vont-ils récupérer leurs zébus ? Qui va payer pour les frais de fourrière ? Les zébus sont-ils bien sécurisés ? Selon nos informations, des locaux ont déjà tenté de subtiliser des zébus en fourrière à la faveur de la nuit.

L’opération s’avère finalement moins parfaite qu’à la TVM le 22 juin. «Nos gendarmes se sont rendus dans la région d’Ambatoloaka, un «fief de dahalos». Ils ont repris plus de 400 têtes. Nous avons en plus arrêté deux personnes soupçonnées de trafic», déclarait la voix-off. Le Colonel Pouely, Commandant de groupement de la région Sofia, se félicitait en personne «d’une réussite contre l’insécurité en cette veille de fête de l’Indépendance.» On apercevait aussi à l’écran le jeune bouvier. Son statut de «témoin» a apparemment changé car les gendarmes le présentaient alors comme un complice des supposés bandits…

«Tous les véritables propriétaires retrouveront leurs zébus», expliquaient les gendarmes, toujours à la télé. Le 23 juin, nous avons néanmoins rencontré des acheteurs de zébus dans le bourg de Mampikony, alléchés par des bêtes à prix cassés, selon leurs dires. Mais ils sont repartis sans faire d’achat. Ils craignaient la médiatisation de ce qu’on peut aujourd’hui appeler l’affaire des 617 zébus d’Ambatoloaka.

Jao Tsitintry

Une histoire plus ancienne qu’il n’y paraît…

C’est la seconde opération de ce type. En février 2019, des gendarmes des mêmes compagnies se sont déjà rendus à Ambatoloaka pour saisir 200 têtes de bétails. Ils les ont distribué en mars à ceux qui prétendaient être les véritables propriétaires. Les mêmes habitants d’Ambatoloaka s’étaient déjà plaints de saisies abusives. Ils clamaient aussi l’innocence d’un des leurs, arrêté. L’homme est aujourd’hui entre les mains de la justice à Mampikony.

Complexité du phénomène dahalo

L’initiative de Jao Tsitintry, auteur de ce reportage ouvre la formule du «grand reportage» dans les Nouvelles, même si nous n’avons encore arrêté ni la forme définitive, ni la périodicité, des décisions qui ne sauraient tarder et dont nous vous informerons à temps voulu. Le choix du sujet pour inaugurer la formule peut sembler périlleux, mais à deux titres, l’actualité plaide en faveur de son opportunité, d’une part les dahalo ne semblent pas fléchir d’activités, de l’autre le chef de l’état déploie toute une panoplie de stratégie et de matériels pour faire de la lutte contre les dahalo une priorité qui se décline presque en déclaration de guerre.

Sous des apparences simples se résumant à un jeu de police-voleur, le phénomène se fait plus complexe quand on l’approche de près ou quand on en a des échos rapportés par des témoins dignes de foi. Jao Tsitintry, dans son approche, a côtoyé et échangé avec les réels acteurs, par souci d’objectivité il a pratiqué la méthode d’un débat contradictoire même si parfois les intervenants se tenaient à distance les uns des autres. Sûrement, il s’est fait une conviction, mais l’essentiel de ce qu’il rapporte concerne des faits et des témoignages, en les livrant brut il donne à chacun du grain à moudre, de quoi mûrir la réflexion, de quoi chacun se faire une idée du fléau.

Pour être complet et en contrepartie de la liberté de ton que nous adoptons, nous avons informé les hautes autorités de la gendarmerie en leur proposant un espace réservé pour leur permettre d’exprimer leur point de vue et leur vérité. Proposition que de très hauts responsables n’ont pas manqué de saisir, proposition que nous ne manquons pas à notre tour d’honorer en livrant ici la vision que les gendarmes entendent diffuser de façon la plus large.

Léon Razafitrimo

Nous reproduisons la version des faits des gendarmes in extenso

Une opération de contrôle et de ratissage des kizo, reconnus être fiefs des voleurs de bœufs, a été conjointement déclenchée par le Groupement de la Gendarmerie nationale SOFIA et le Groupement ALAOTRA MANGORO. Dans ce cadre, pour le Groupement SOFIA, cette opération a vu la participation de 3 compagnies de gendarmerie dont celles de Port-Bergé, d’Antsohihy et de Mandritsara. Etant la Compagnie immédiatement limitrophe de la région SOFIA, la Compagnie d’Andilamena, du Groupement ALAOTRA MANGORO a également participé à cette mobilisation.

En effet, l’opération a été engagée suite au constat avéré que les bœufs volés dans la région SOFIA sont dans la plupart des cas acheminés par les dahalo en direction du District d’Andilamena. Les statistiques de bœufs  volés dans la région SOFIA depuis novembre 2018, jointes en annexe, témoignent cette thèse. De plus, la population environnante lance depuis quelques temps une détresse généralisée et se plaigne de la perte de leurs troupeaux de bovidés, se trouvant blanchis dans le district d’Andilamena.

Durant la décente dans les banlieues reculées du  fokontany d’Ambatolaoka, Commune rurale de Maitsokely, District d’Andilamena, plusieurs individus ont volontairement échappé au contrôle des gendarmes et se sont volatilisés dans la nature. Un parmi ces fuyards figure le jeune de 18 ans dénommé LEDONGA (qui est un majeur, selon le rapport d’examen somatique délivré par le médecin) arrêté par les gendarmes, qui est cité dans l’article. A noter que ce jeune homme a avoué être le berger (et d’ailleurs le neveu) d’un certain RAJASOA, actuellement en détention préventive à la maison centrale de PORT-BERGE pour vol de bœufs et recel de bœufs volés depuis le mois de mars dernier.

A titre de rappel, des centaines de bœufs volés ont été découverts en flagrance dans la cour du nommé RAJASOA en ce moment. Est-il nécessaire de rappeler que ce dernier est le frère cadet d’un Général de brigade de l’Armée malagasy dénommé TOTOARISOA, qui lui-même était intervenu vainement sur place en faveur de son frère mais n’empêchant pas celui-ci d’être écroué par la Justice.

Coïncidence douteuse, une paire de jumelles, inéluctablement une dotation des militaires,  a été découverte et saisie par les enquêteurs lors de la perquisition du domicile où demeure LEDONGA. Ce dernier est actuellement gardé à vue à Mampikony, en jouissance de tous ses droits en tant qu’être humain, différemment à sa circonstance d’arrestation où il avait tenté de prendre la fuite et conséquemment les gendarmes se trouvaient contraints de le menotter.

Quant au nombre exact des bœufs saisis, après avoir attendu en vain leurs éventuels propriétaires sur les lieux pendant 48 heures, les gendarmes ont saisi et mis en fourrière au total 617 bœufs dépourvus de papiers et/ou enregistrés avec des faux papiers administratifs (ou encore blanchis), dont 524 cantonnés à la commune urbaine de Mampikony, District dudit et 93 à la commune rurale de Marovato, District de Port-Bergé. Ces bœufs saisis sont cantonnés selon les lieux de saisie et l’endroit les plus proches de leurs présumés propriétaires qui attendent leur restitution après une décision de justice ou d’une autorité administrative. Pour le moment, l’enquête judiciaire est en cours et le comité ad ‘hoc mixte est encore en phase de contrôle minutieux des papiers des bœufs saisis présentés par des particuliers. Ce comité est composé des Autorités administratives locales, à savoir le Chef de District et les Chef d’arrondissement administratif,des gendarmes et d’un huissier de justice. Ce nombre de bœufs saisis est de ce fait matériellement vérifiable sur les lieux.

En outre, un parmi les soi-disant propriétaires des bœufs saisis, venant d’Ambodimanga, commune rurale de Maitsokely, District d’Andilamena, a été dénoncé publiquement par le fokonolona de Mampikony être parmi les bandits qui ont attaqué les fokontany d’Ankisompy, Ambatomainty et Antsirandrano, tous Commune rurale de Komajia, District de Mampikony, ayant empêché ainsi aux gens de ces fokontany de participer au deuxième tour des dernières élections présidentielles. Il y a même une victime de kidnapping, habitant de Mampikony, qui  reconnait cet individu imposteur.

Par ailleurs, parmi les bœufs saisis figurent des bœufs volés lors de l’attaque à main armée ayant causé la mort d’un militaire du 1er régiment/RM4 de Mahajanga et la perte d’un fusil kalachnikov le 29 juillet 2017.

 

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