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Mercredi ! École buissonnière: je mobilise donc je suis

Ça n’avait rien d’une manifestation revendicative, ça s’est différencié d’un carnaval récréatif, ça ne ressemblait pas davantage à une procession religieuse incantatoire, et pourtant ça renvoyait à tout ça à la fois. À avoir suscité autant ravissement que perplexité les organisateurs ont réussi leur coup.

Informés au préalable de la tenue de ce défilé ou non avertis de ce mouvement dans la rue au cœur de la ville, tous ceux qui ont assisté au passage du cortège ont été saisis par le mariage inhabituel d’un spectacle alliant à un vent d’enthousiasme un souffle de sérénité. À une sorte d’émotion dans laquelle se mêlaient surprise et admiration, tant le spectacle avait de la gueule et les acteurs fait preuve de tenue, succédaient des interrogations sur les raisons et le sens de cette démonstration pour avoir réussi à mobiliser tant de monde sans avoir fait du tam-tam pour rameuter. Pour qui n’est pas expert en la matière difficile de chiffrer le nombre des participants, d’autant plus qu’à la file de véhicules particuliers, de cars et de camionnettes d’animation, file qui déjà s’étirait en longueur, rivalisait un interminable défilé de groupes de marcheurs autant pleins d’allant que rayonnants de joie.

Le comportement de la troupe empreint de spontanéité prêtait à croire qu’il s’agissait d’un mouvement improvisé plutôt que d’une manœuvre préparée. Pourtant à considérer le déroulement ordonné où tous semblaient interpréter le rôle qui leur a été attribué, chacun à la place qu’on lui a désignée, on ne pouvait pas ne pas se douter d’une intervention d’esprits experts et de mains habiles dans l’art de manipuler des foules.
Hétérogène en raison de nuances individualisant les diverses religions ayant participé à la marche, le mouvement a fait forte impression quant à son homogénéité en affichant une unité sans faille dans l’appartenance à une même foi bâtie sur un socle en partage que chacun déclinait  en toute liberté à sa manière «Kristy» «Jesoa» ou «Jesosy»… S’il n’y avait pas eu de «va-nus-pieds», dignité oblige les gens ont fait honneur à soigner leurs mises, ce qui ne signifie pas l’absence de petites dans les rangs, la présence de plusieurs 4X4 dans la file de voitures venait  pour témoigner de l’adhésion à une cause commune fédérant toutes les classes sociales, sans discrimination entre nantis et démunis.
La marche n’a pas versé dans le prosélytisme, même si les fidèles par un comportement à exprimer une profonde allégresse et extérioriser une grande ferveur, adressaient une sorte d’invite à les rejoindre pour partager l’élan de joie. Le mouvement n’était pas davantage porteur ni de liste pour de quelconques revendications ni d’une litanie de vagues récriminations. Rien de belliqueux ni de hargneux, tout dans la bonne humeur sans toutefois aller jusqu’à être bon-enfant. À avoir fait simple et dépouillé, cette démonstration d’un bon aloi ne pouvait cependant passer à être uniquement bonhomme.

 Si on ne peut retenir quelque intention maligne ayant motivé ce déploiement de foule on ne saurait pour autant croire béatement en une absence totale de motif au fait d’avoir déployé les efforts utiles pour avoir pu réussir à mobiliser tant de croyants.

Les temps sont difficiles, le pays opère un virage. Au-delà de la démonstration d’une solidarité entre fidèles de diverses confessions, que peut-on imaginer de ce que voulaient témoigner les communautés chrétiennes unies dans ce défilé ?  Quelle que soit la conclusion, on ne saurait éliminer l’hypothèse que les chrétiens ont voulu témoigner collectivement, chaque individu de sa présence, tous ensemble de la volonté de constituer une force avec laquelle il faut compter pour opérer le changement. D’un point de vue formel cette force n’est certes pas organisée, démonstration vient cependant d’être faite quant à une célérité et une capacité à mobiliser et à mettre en ordre de marche une impressionnante troupe quand besoin se fait sentir, troupe apte à être de choc autant pour collaborer de façon solidaire que pour exercer un rôle de contre-pouvoir. Un élément actif de ce qu’il est convenu d’appeler société civile, élément qui trouve mérite de veiller à ne pas s’immiscer dans le  jeu politique et ainsi d’éviter de perturber la conduite des affaires, n’hésitant pas toutefois à affirmer son existence pour exercer la responsabilité à servir de balise morale, garantissant le maintien d’une vigilance permanente, constamment dispose à sortir de sa réserve avec promptitude pour s’inviter dans l’action en cas de nécessité.
La force que possède ce mouvement «informel» réside dans la diversité des horizons politiques auxquels vont les sympathies des éléments qui le composent. Ouvert à tous sans considération d’appartenance politique, le mouvement a sûrement fédéré en son sein presque toutes les sensibilités. Ipso facto y sont tabous les débats politiques, ce qui n’exclut pas les débats se référant à d’autres valeurs non moins importantes, telle la valeur morale et la vertu d’une fibre patriotique. Aussi pour les organisations politiques il est autant hasardeux d’interdire à leurs sympathisants toute marque de solidarité avec ce mouvement, que difficile de vouloir le récupérer ou de le phagocyter. Fidèle à lui-même, par nature ce mouvement limite son champ d’action, et si dès fois faute de bons timoniers capables de contenir la fougue des compagnons de tendances sinon opposées du moins divergentes le navire s’en trouverait fragilisé. Le groupe de Charybde en Scylla à tout moment risquerait de se fendre au choc avec l’un des écueils sur le parcours, écueils aussi multiples que le sont les composantes du mouvement.

Léo Raz     

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