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Chronique : sans tambour ni oaoaoa

Vous connaissez la rengaine : les Malgaches ne sont plus ce qu’ils étaient. L’esprit de famille qui caractérisait nos Anciens a perdu la bataille contre l’individualisme forcené, contaminé par des idées venues de l’extérieur, mauvaises en général, dans la mesure où elles s’opposent aux valeurs ancestrales, lesquelles sont par principe inégalées à jamais. Les jours de sinistrose, ils sont nombreux, le discours est fataliste. On se réinvente un passé glorieux, à défaut d’écrire une Histoire qui nous ressemble vraiment et on idéalise des qualités qu’on a oublié de transmettre. Que nous reste-t-il ? Nos larmes pour pleurer…

Tout serait perdu ? Non, rassurez-vous, tout n’est pas perdu, les Malgaches ont prouvé ces derniers jours qu’ils sont encore un peu ce qu’ils étaient.

Il est vrai que l’air qui souffle depuis l’au-delà des mers a su flatter nos narines. Nous avons développé un goût immodéré pour la pizza, les telenovelas sud américano-bollywoodiennes, les réseaux sociaux, le riz cantonais, les 4X4, la pétanque, le whisky, les cheveux lisses, les devises des touristes étrangers, les galas évangéliques, le papier, en particulier les photocopies certifiées en trois exemplaires… La liste n’est pas exhaustive. Maischacun trouvera dans ce panel un peu de son quotidien sinon du quotidien de son voisin.

Rassurez-vous, tout n’est pas perdu. La liste de nos plaisirs modernes se limite finalement à des loisirs et des biens matériels qui ne sont qu’un vernis de changement. Deux jours ont suffi à écailler le vernis qui recouvre une force d’inertie extraordinaire. Ces deux jours ont rappelé à qui veut bien le voir que la résistance passive, marque de fabrique des Malgaches depuis depuis, n’a pas dit son dernier mot. D’abord en refusant d’élire des députés qu’ils ne re-connaissent pas, ensuite en faisant le choix du travail un jour férié et chômé, des Malgaches, trop nombreux pour être considérés comme quantité négligeable, ont manifesté leur désapprobation, sans tambour ni oaoaoa.

Voyez, tout n’est pas perdu.

 

Kemba Ranavela

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