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Mercredi ! École buissonnière: Western en live

Far-West au XXIième siècle

Les vieux westerns font encore recette auprès des nostalgiques, sans doute en raison du spectacle qu’offrent les grands espaces et ce genre de cinéma, peut-être moins à cause de la mise en scène des mœurs brutales. Nul besoin de cinéma pour reproduire les mêmes drames, l’actualité fourmille de tragédies de ce type, parfois la presse rapporte des horreurs qui réveillent un climat identique débordant de violence semant la terreur au sein d’une population orpheline de protecteur.

Mort et sang : pris sur le vif

Sans la phrase magique «silence on tourne» tombe un silence de mort. On ne joue pas c’est pour de vrai. Le corps d’un pendu se balançant au bout d’une corde, les cendres fumantes de quelques soixante cases ayant été la proie de flammes, une population terrorisée terrée dans le silence. Séquence d’une quotidienneté datant des derniers jours d’Avril, déroulée du côté de Miandrivazo, rapportée par des témoins, relatée dans des quotidiens de la place. L’éloignement n’en a pas fait un événement, aujourd’hui sur la place publique ces faits risquent de faire du bruit et menacent de faire scandale. Sans vouloir soulever polémique, en donnant la parole à des voix qui jettent de façon timorée donc ambiguë le soupçon sur des militaires qui auraient effectué des représailles contre deux hameaux suspectés d’avoir servi de refuge à des dahalo, on brise le silence. L’information interpelle l’opinion, levant le voile sur d’éventuelles horreurs loin des yeux, loin du cœur, loin d’un esprit de solidarité nationale, loin de la protection de l’état, loin du rempart du droit.

Pas davantage de sérénité à devoir prendre la route dans des endroits reculés hors du Far-West, du  Middle-West et du Deep-South. Dans le Sud-Est sur la route reliant Lohatragnambo à Farafangana, avant que ne tombe la nuit le 9 mai dernier, à coups de chevrotines dans le pare-brise un gang de bandits de grands chemins stoppe un camion chargé d’une trentaine de passagers. Flash-back sur les attaques de diligence. Pas de mort mais une boucherie : après avoir charcuté avec des machettes le chauffeur et lacéré de coups de coutelas ceux qui ont manifesté la moindre velléité de résistance les bandits malmènent les passagers distribuant gifles, martelant de coups de poing ainsi les rendre dociles pour plus facilement les dépouiller des bijoux et des objets de valeur, et mieux les délester des sommes d’argent et des téléphones. Un mal-vivre face à madame Insécurité insolente de bonne santé.
Naturellement on porte préférence à communiquer des faits d’armes, sans  trouver besoin de rapporter les faits où les poursuites accusent handicap, pénalité dû à un retard dès le départ, parfois faute d’avoir alerté à temps les secours, à d’autrefois en raison de l’enclavement de l’endroit. La situation appelle à la solidarité pour mieux conjuguer les forces et mieux répartir les tâches.

Colonisation des espaces libres

Le retour à la terre se présente formule cardinale lorsqu’un pays se dit avoir vocation agricole et que 80% de sa population s’active en milieu rural. «S’active» n’est du reste pas ici le terme le mieux approprié, dans les campagnes et brousse les populations peinent et hésitent à déployer leurs efforts à produire au max tant en agriculture que dans l’élevage, faute de posséder des terres mais aussi en raison de l’insécurité. Les pilleurs rodent à l’affût des bonnes récoltes et des belles bêtes.
Nombreuses initiatives pour favoriser l’implantation de migrants en des lieux vierges ont été entreprises depuis l’indépendance. Les résultats n’ont pas toujours répondu aux espérances. L’impréparation a parfois annoncé les échecs, il est aussi arrivé que les bénéficiaires n’ont pas fait montre d’une âme de pionnier, indispensable à la réussite. Des difficultés à surmonter, le problème que pose l’insécurité ne relève pas de la responsabilité des gens. À l’expérience ce sont les brutalités dans un climat d’insécurité, la frustration du bénéfice des résultats, qui démobilisent les populations de migrants jusqu’à les pousser à fuir des lieux où ils ont investi leur espérance et versé leur sueur.

Ce phénomène se dessine à nouveau : dans l’ouest d’Ambatofinandrahana où au début des années 2000 quelques 500 familles sous l’égide d’un programme suisse ont élu terre d’accueil et jeté l’ancre. L’opération a pris racine et les fruits ont commencé à récompenser les efforts. 15 ans après, avec la recrudescence d’un banditisme rural, la réussite de l’implantation a suscité la convoitise des dahalo. Violence et sauvagerie accompagnant les incursions de pillage ont eu raison de la détermination des pionniers, certains optent de retourner à leur vie antérieure faite de précarité. Et les « 7 mercenaires ?» s’interrogent ceux qui sont pénétrés de la magie du cinéma. À l’origine un détachement des forces armées a accompagné les migrants à s’implanter en toute sérénité. Par la suite cause de restriction budgétaire le détachement n’a plus assuré, abandonnant les nouveaux venus à leur sort sous la menace des hordes de bandits qui de leurs actes violents continuent à semer la terreur dans les environs. Le scénario n’est qu’un remake d’un déjà-vu.

Dans les années 90 dans le Moyen-Ouest à une cinquantaine de kilomètres de Mahasolo, une clairière de plusieurs centaines d’hectares, d’un sol très fertile,  environnée de majestueuses forêts primaires, peuplée d’une faune sans pareil : éden pour pionniers. Manque de chance carrefour des chemins des troupeaux de zébu du Sud et de l’Ouest vers le marché de Tsiroanomandidy : zone à risques. D’avoir subi les excès sous le joug des dahalo, les nouveaux occupants ont demandé protection à l’état. Tels les 7 mercenaires, les militaires sont arrivés. Percevant le sentiment de reconnaissance des migrants, certains ont cherché à exploiter la situation. À l’étoile prestigieuse de shériff protecteur-sauveteur ils ont accroché le macaron déshonorant de percepteur-rançonneur. Pris dans la tourmente d’une escalade du taux des taxes indues, pressurisés jusqu’à plus soif, les nouveaux colons ont fini par jeter les outils aratoires et par déserter l’oasis devenu enfer.

Léo Raz

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