Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Chronique: on les avait oubliés

Si je vous dis tirailleurs malgaches, vous pensez à la seconde guerre mondiale et à ces hommes qui ont aujourd’hui près de quatre-vingt-dix ans s’ils ne sont pas décédés. Nous pensons plus rarement à ceux de la Grande guerre, dont on a pourtant honoré la mémoire le 11 novembre dernier à l’occasion du centenaire de la signature de l’armistice. Ils sont pourtant près de 41 000 Malgaches, dont 32 000 pour la seule année 1917*, à avoir quitté Madagascar pour l’Europe, certains pour la France, quand d’autres se retrouvent entre Europe et Asie pour défendre les Dardanelles. Cette page de notre histoire est mal connue, et pour un grand nombre, les documents qui pourraient nous aider à mieux la connaître sont loin de nos archives nationales. On ne s’en étonnera pas.

C’est à cette histoire que l’historien d’art et photographe français Georges A. Bertrand, s’est intéressé pour écrire son deuxième roman, «Les déracinés de la grande île». Ni roman historique ni roman de guerre, c’est l’histoire de deux jeunes gens ordinaires, embarqués comme beaucoup d’autres dans une guerre qui n’est pas la leur.

Joseph Rajaonarimanana, étudiant en médecine, est membre de la VVS. Son ami, Manankisoke Solonomenjanahary, employé de maison et poète à ses heures, y adhère, plus par amitié que par patriotisme. Arrêtés, ils sont condamnés à une peine de travaux forcés commuée en une drôle de liberté s’ils s’engagent à partir pour l’Europe défendre la France. Ils «optent» pour la guerre. Manankisoke, né à Fort-Dauphin, est envoyé au camp du Courneau dans les Landes où il assèche des marais ; Joseph, originaire des Hauts Plateaux donc mieux armé pour le froid, découvre les tranchées dans le nord de la France. De l’humour noir dans la chronique ? Que nenni ! L’argument est avéré par des archives.

Invalides, Joseph et Manankisoke sont autorisés à rentrer au pays natal en juillet 2018. Pas de retour triomphal pour les déracinés de la grande île. Nous les avions même oubliés. Il était temps qu’on leur rende hommage. Avec ce roman, Georges A. Bertrand ouvre une voie.

Kemba Ranavela

* Arnaud Leonard, professeur agrégé d’histoire et de géographie, auteur de recherches sur les tirailleurs malgaches.

Les déracinés de la grande île de Georges Bertrand, Editions Le lys Bleu, 2019.

 

 

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas rendue publique