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Chronique: vous avez dit féminisme ?

En 2018, Le Magazine littéraire se demandait : Trente après Beauvoir, où en sont les féministes ? Voilà qui nous fait une belle jambe. Voyez plutôt notre réponse : quatre reines du royaume de Madagascar, des femmes fortes et un mythique et très fantasmé matriarcat. Ici, on se garde de prononcer le mot féminisme de peur d’être assimilées à d’hystériques et castratrices revanchardes. Nous avons repris à notre compte l’image de la lascive et indolente fleur tropicale née sous la plume des écrivains européens, image que nous nous plaisons à opposer à celle d’un militantisme agressif inutile dans notre société.

Trente ans après Beauvoir, que pensons-nous nous de la condition féminine ?

Un détour par la Grèce antique et par un article du dossier du Magazine littéraire consacré aux féminismes peut nous amener à une lecture très éclairante mais politiquement incorrecte de notre manque d’intérêt. «Ce qui intéresse les Grecs avant tout, ce sont les mythes d’origine des communautés politiques, ceux qui attribuent à un dieu ou à un héros la naissance d’un peuple […] Il s’agit de légitimer l’existence d’une communauté et de trouver les causes de son existence et celles de ses lois. […) Dans ces récits, la différence qui fait sens n’est pas celle qui distingue les hommes des femmes, mais celle qui différencie les Barbares des Grecs, puis celle qui différencie les membres d’une cité –hommes et femmes libres et citoyens – de ceux d’une autre cité». Les cités et les dèmes grecs font étrangement écho à nos fokonolona et au monde tel que nous l’habitons. Femme ou homme bien sûr mais nous appartenons d’abord à une famille, à un clan, à une paroisse, à un groupe statutaire, à un foko. Comme dans la Grèce antique, il y a chez les femmes malgaches «trop peu en commun en termes d’expériences et de parcours de vie […] pour  construire une catégorie qui ferait sens pour elle-même». Notez que ce qui est vrai pour les femmes l’est aussi pour les hommes. Voilà donc où mènent les réflexions sur le féminisme…

Kemba Ranavela

Hors sujet dans la Grèce antique, pp66-67 in Le magazine littéraire, n° 566.

 

 

 

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