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Pérégrinations hebdomadaires: un attentisme interrogatif

Le troisième tour annoncé ne semble pas avoir à l’être. La classe politique se relève difficilement d’une gueule de bois au lendemain  de la présidentielle, la relève ne se presse pas pour de descendre dans l’arène. Ainsi sont les apparences. Les dépôts des dossiers de candidature à ces législatives tardent à se faire jour, on conclurait toutefois trop rapidement à croire que la fonction de député a perdu de son intérêt, que plutôt qu’à se bousculer au portillon la tendance serait de bousculer le voisin à y aller. Le spectacle diffère dans les coulisses, ça grouille toujours de toutes parts ça magouille encore de tous côtés.

Obligation de mue pour s’adapter au changement

Le Président de la République ayant exprimé une volonté d’opérer un assainissement tous horizons, les acteurs politiques appréhendent le changement qui va s’en suivre, un dérangement des us honteux et des mauvais plis dans l’exercice des activités politiques. Ils n’ont pas le cœur à la fête à envisager le bouleversement mais ne se résignent pas pour autant à quitter l’arène, quitte à devoir perdre la perception de prébendes aussi immorales qu’illégales. Tout compte fait la fonction de député reste une niche de rentes, promet des avantages substantiels pour certains et pour d’autres un rempart assurant un abri blindé d’immunité parlementaire contre des poursuites qu’ils craignent fondre sur eux pour des cochonneries que la justice pourrait leur reprocher. Malgré le risque d’avoir à perdre le bénéfice d’indus pas très propres par nature, l’appât du gain des avantages liés à la fonction vaut pour nombre d’entre eux tentation à courir de nouveau la chance de se représenter. Ces redoublants voire triplant ou davantage, qui expriment la volonté de rempiler, ont pourtant contribué à donner de l’Assemblée Nationale l’image maculée que traîne celle-ci. Malgré ou surtout en raison de la perte de prestige de la fonction, nombreux novices s’en sentent la vocation, de bonne foi ou non affichent l’ambition d’apporter leur contribution à restaurer le blason.

S’ils sont si nombreux que ça anciens et nouveaux à piaffer, quel motif justifie cette apparente indifférence qui se traduit par une désertification des salles d’attente dans les lieux destinés au dépôt des dossiers de candidature.

Décote des francs-tireurs

Les indépendants et affiliés à des organisations réunissant des adhérents se comptant sur les doigts d’une main, en raison des modifications de la loi électorale non seulement éprouvent des difficultés à faire valider leur candidature, mais surtout sont promis à des rôles secondaires, autres que celui à jouer les divas, leur ayant permis d’exercer une sorte de chantage avant d’accorder un suffrage d’appoint ponctuel à une majorité flottante à dessein. Une mue brutale des mœurs menace de se produire, mieux vaut se trouver dans la bonne écurie dès le départ maintenant qu’il semble interdit de changer de monte au cours d’une course (un mandat). Si on ne se bouscule pas aux endroits où l’on dépose les dossiers de candidature, à l’inverse les coulisses et les arrière-cuisines des grands partis débordent de monde, sans retenue ni autre forme de politesse on y joue des coudes. Question de grands partis on en compe deux, ceux des deux finalistes de la présidentielle, le reste n’étant que façade. Nombre de petits partis eux-mêmes en effet perdent ou vendent leur âme d’avoir à rester des organisations politiques dignes de l’être, cherchant leur salut à devoir s’abriter sous l’aile de l’un ou l’autre des ténors. Ce faisant les dirigeants de ces partis donnent l’impression d’accorder privilège à sauver leur carrière personnelle plus qu’à assurer la survie du parti dont ils ont la responsabilité. Les alliances se négocient de préférence après les élections dans l’optique de former une majorité gouvernementale plutôt qu’avant. Une bonne alliance étant celle dans laquelle chacun a connaissance de la valeur électorale du partenaire, du poids réel de la popularité dont il jouit. La donne ayant changé, les acteurs politiques accordent une priorité à l’adoubement obtenu auprès des seigneurs de l’un de ces deux partis, reléguant à plus tard  sinon à une importance secondaire, comme s’il s’agissait d’une simple formalité, le devoir de combattre pour obtenir les suffrages des électeurs.

Ces deux grands partis ont beau jeu ou peut-être l’inverse se trouvent face à des choix cornéliens avant de jeter leur dévolu sur des noms de prétendants. Outre les propositions qu’avancent les partis «amis» en garantie de leur soumission, des individus particuliers externes à l’organisation, copains ou autres, manifestent volonté de dévouement à porter le maillot. Ça tergiverse dans les sphères de décision, ça trépigne d’impatience dans les salles d’attente, membres  du parti et intrus nouveaux venus se regardent en chiens de faïence : des observateurs avancent des hypothèses d’éclatement. Le nombre de prétendants, trois quatre cinq fois plus élevé que celui des candidats à présenter, fatalement les décisions feront autant de déçus et nombreux mécontents. Les fâcheries risquent de se traduire par des bouderies, sans gravité ni risque de lourdes conséquences. Dans les circonstances actuelles chacun a en conscience d’avoir tort et d’avoir tout à perdre à vouloir quitter le navire sur lequel il s’est embarqué.

Au delà de ces considérations partisanes et de ces petits calculs de carrière individuelle, la grande question d’intérêt national demeure. Les électeurs vont-ils donner les mains libres au Président Rajoelina pour mener à bien la politique annoncée qui lui a valu d’être élu, ou vont-ils lui flanquer une opposition propre à exercer un contre-pouvoir au risque de donner à celle-ci l’occasion de mettre des bâtons dans les roues du développement dans le seul souci d’espérer jouer plus tard le rôle de recours pour assurer une alternance.

Léo Raz

 

 

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