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Chronique: sens de l’hospitalité

Sous sa forme moderne, notre sens de l’hospitalité se décline en plusieurs langues. Tenez, dès son arrivée à l’aéroport d’Ivato, le visiteur est accueilli par trois mots, dans l’ordre : welcome, bienvenue, tongasoa. Le troisième, vous l’aurez reconnu, dans la première langue officielle et seule langue nationale du pays. Pour éviter que le visiteur étranger se sente déboussolé, on lui épargne l’une des trois langues, laquelle ? La langue nationale. Dans la file qui le mène au guichet où il demandera son visa de séjour, le visiteur peut à loisir découvrir les noms de nos grandes villes : Tamatave, Tuléar, Diégo… Il ne sait pas encore que s’il prend l’avion pour s’y rendre, on lui annoncera qu’il atterrit à Toamasina, Toliara ou Antsiranana. Le grincheux qui dans la même file, ou celle des nationaux et résidents étrangers, cherche quelque écriteau en malgache sera ravi de trouver une affiche lui expliquant : «fisehoan’ny pesta». Les versions en anglais et en français sont probablement plus discrètes, on ne les voit pas.

Notre sens de l’hospitalité multilingue ne s’arrête pas à la sortie de l’aéroport. S’il lit le français, le visiteur trouvera aisément le distributeur de billets de banque et s’il lit l’anglais, il déchiffrera sans problème les cartes des restaurants et la composition des plats proposés, malgaches comme «internationaux». Comme dans les aéroports, la langue nationale se fait discrète dans de nombreux lieux publics censés être fréquentés par des étrangers non malgachisants. En réalité, la ligne de démarcation n’est pas physique, on ne pourrait pas la tracer sur une carte. Elle est ailleurs. Si le français domine l’écrit, il disparaît à l’oral. L’inverse est vrai pour le malgache : la rue lui appartient, pour l’écrit on repassera.

Le visiteur étranger ne s’en formalise pas, a fortiori si la méthode Assimil lui suffit le temps de son séjour. Le Malgache ne s’en formalise pas beaucoup plus, il s’accommode de cette diglossie. Mais s’emparer de l’écrit n’est pas une mauvaise chose. Notre sens de l’hospitalité ne s’en porterait pas plus mal.

 

Kemba Ranavela

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