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Chronique: Ballade rock and roll

Pour son premier roman, Emmanuel Genvrin, agitateur d’idées controversé mais incontournable de la scène culturelle réunionnaise, s’attaque à un tabou largement partagé des deux côtés de l’océan. De la musique au théâtre, de la Sakay à Paris en passant par Antananarivo et La Réunion, «Rock Sakay», la ballade rock and roll de Jimi, nous plonge dans un pan méconnu de l’histoire commune de

nos deux îles. L’aventure des agriculteurs réunionnais implantés sur un no man’s land du Moyen ouest ne figure pas dans les manuels d’histoire. Il n’en reste d’ailleurs pas grand-chose, sinon quelques traces d’un monde dont on se demande s’il a réellement existé. Ici, la satisfaction d’avoir ramené dans le giron de la terre des ancêtres cette enclave injustement occupée ; de l’autre côté de la mer, l’amertume des pieds rouges rapatriés à La Réunion «une main devant une main derrière» après avoir transformé l’essai de la Sakay (1952-1977) en un indéniable succès.

Alors qu’ils jouent Roméo et Juliette au club de théâtre du collège de Babetville, Francius alias Jimi, comme Jimi Hendrix, tombe amoureux de la flamboyante Henriette. Pour lui, elle sera Janis, comme Janis Joplin.  Nous sommes dans les derniers mois de la Sakay réunionnaise, chant du cygne de l’entreprise coloniale française alors que Madagascar respire au rythme des slogans anti-impérialistes. Rapatrié à La Réunion, Jimi veut retrouver Janis qui est restée à Madagascar. Il la retrouvera brièvement avant de partir pour la France pour devenir enfin un rocker, et accessoirement ouvrier dans une usine où il ne restera pas longtemps. Jimi s’en sortira. Mais notre Orphée de l’océan indien ne sauvera pas son Eurydice : Janis sombrera, comme la colonie de la Sakay où Jimi versera ses cendres.

 

Kemba Ranavela

Rock Sakay d’Emmanuel Genvrin, Continents noirs –Gallimard, 2016.

 

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