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Chronique: le chemin de l’eau

Le climat d’Analamanga est traître. Il est tempéré, d’une grande douceur en été comme en hiver, comme s’il était en accord avec la tempérance qui fait (faisait?) notre marque de fabrique. Ce climat est traître parce qu’on y oublie trop vite les intempéries de la saison précédente. Dans quelques mois, les tanety seront recouvertes d’une herbe sèche et drue. Pendant la saison sèche, quelques mois à patienter seulement, nous oublierons que l’eau est partout dans les plaines, dans les rizières et dans les marécages asséchés. Dans quelques mois, nous aurons froid la nuit. Mais notre hiver est si bref et si ensoleillé qu’on patientera, en frissonnant tranquillement, que fleurissent les arbres fruitiers et les jacarandas… Ensuite on regardera l’extraordinaire bleu du ciel d’Imerina en attendant la pluie qui viendra, parce qu’elle viendra, c’est sûr. Et on s’étonnera encore de ces brusques montées des eaux qui envahissent notre ville moderne bâtie sur des marécages remblayés. Et l’année passera…

Nos édiles ne sont pas les premiers à être confrontés aux problèmes liés aux inondations et à l’évacuation des eaux de pluie. Angkor, capitale de l’ancien empire khmer et plus grande cité de l’ère préindustrielle, était planifiée autour de canaux qui reliaient des villages bâtis sur des tertres. Cela devrait nous rappeler quelque chose… A son apogée, grâce à une gestion maîtrisée de l’eau, des centaines de milliers d’individus, peut-être un millier d’habitants, vivaient dans des cités-jardins où l’on pratiquait une agriculture intensive. La distribution des eaux permettait plusieurs récoltes par an en gérant une « usine agraire ». Mais la surexploitation du sol, la déforestation, la sécheresse et l’avidité de voisins prêts à en découdre avec les Khmers ont sonné le glas de la cité qui savait contrôler les eaux. Cela aussi devrait nous rappeler quelque chose.

Demain il fera beau, après-demain la pluie reviendra. N’oublions pas d’écouter les gens de la terre, ceux qui connaissent le chemin de l’eau au pays des villages-collines.

Kemba Ranavela

 

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