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Pérégrinations hebdomadaires: piété sans pitié

Au-delà des prétentions personnelles et des intérêts égoïstes à propos desquels des esprits chagrins n’économisent pas d’émettre des soupçons, l’enjeu d’une présidentielle  autour du souci  patriote  dont  on gratifie d’une  présomption  chaque candidat a  une telle  valeur  qu’il  n’est que normal  que les uns et les autres ne se fassent pas de cadeau. Sans doute dans le  dessein de se faire pardonner à l’avance  ce péché d’un devoir de manquer de charité l’un et l’autre des deux candidats qualifiés pour le deuxième tour ont tenu chacun de son côté à ouvrir la campagne par l’organisation d’un culte religieux chrétien.  Cette formalité exécutée, on se lâche. Dès le lendemain le doigt sur la gâchette ils ont fait parler la poudre, déjà s’en dégagent des odeurs de souffre. À ce train très vite l’atmosphère menace d’être irrespirable. Il ne s’est peut-être cependant agi  que de lancer des premières salves pour essayer chacun sa pétoire et pour aviser l’adversaire d’une disposition à user de toutes les armes. Il faut toutefois croire en leur connaissance et conscience de leur responsabilité pour que d’eux-mêmes ils définissent les limites et se gardent de les franchir. Sans attendre longtemps le public aura l’opportunité de s’en faire une idée, un duel radio-télévisé opposera en deux rounds les deux champions : le spectacle promet de faire recette, pour chacun des combattants, une chance de marquer des points, le risque de déraper.

Deux styles possibles
La première rencontre sans devoir être décisive prêtera sûrement l’occasion de planter les premières banderilles dans les fesses de l’adversaire, à moins que l’un d’eux  n’adopte une stratégie quelque peu téméraire : faire un forcing pour tenter d’envoyer l’autre au tapis d’entrée de jeu, ou tout au moins de le pousser dans les cordes, l’arroser de coups et l’empêcher d’en rendre, une sorte de K.O. debout. La stratégie serait hasardeuse à l’égal d’un quitte ou double sauf qu’en la circonstance quitte équivaudrait à se disqualifier soi-même. Le choix du style est périlleux en soi. Le pugilat risque de ne pas plaire à une partie de la population qui attend d’un potentiel président sinon l’élégance de s’élever au dessus des caniveaux au moins l’art de ne pas traîner les débats au ras des pâquerettes. A l’inverse un combat à fleuret-moucheté présente le désavantage de faire dans la finesse et de passer au-dessus des niveaux sans que le plus grand nombre n’ait pu saisir grand-chose. L’idéal reste sans doute à exploiter ses qualités naturelles propres en mettant un bémol sur les tendances dont les apparitions rendent sa personne désagréable aux yeux des autres. Y parvenir constituerait une performance : cacher les mauvais côtés de sa nature exige une bonne maîtrise de soi, dans la mêlée les défauts tendent souvent et rapidement à reprendre le dessus.

L’attitude et le comportement ne sont toutefois que l’enveloppe pour contenir le message que l’on veut transmettre dans l’intention de convaincre et de gagner à soi la sympathie des suffrages. Le challenge repose sur la comparaison : être le plus apte à la fois que porteur de la proposition tout autant la plus prometteuse que la plus adaptée à la situation. Comme il est question de comparaison, faut-il davantage mettre l’accent à détruire le concurrent et ses propos ou faire l’article de ses propositions. Encore un dilemme, le risque de jouer le rôle du méchant d’un côté et de l’autre de passer pour un vantard.

Slalomer entre les gouttes

Le véritable objectif consiste à gagner à sa cause le maximum d’électeurs. Évidemment il ne s’agit pas d’oublier de flatter les sympathisants mais l’essentiel reste à éviter de prêcher uniquement pour des convaincus. Malgré le souci de faire le spectacle dont le cadre s’apparente plutôt à un ring de boxe, risque de perdre le combat celui qui se consacre plus à combattre le voisin qu’à transmettre son message au public.

 Ne pas baisser sa garde tout à la fois que ne pas dériver de son cap. Exercice périlleux quand l’adversaire reste constamment aux aguets de même que soi-même doit fixer son attention à tous les moments pour essayer de mettre à profit le moindre espace que laisse l’autre, en manifestant une ferme intention de le marquer là où ça fait mal.
Le public de son côté ne doit pas se laisser emporter dans des dérives, malgré les apparences il ne s’agit pas d’un spectacle de saltimbanques. Les candidats ne sont pas de simples acteurs, ils sont les auteurs de leur rôle respectif. De son côté chaque citoyen ne saurait se cantonner à n’être que spectateur, il occupe ici un rôle essentiel, celui d’y puiser matière dans la perspective de participer à l’écriture de l’histoire du pays. Une participation que le second round aidera à peaufiner.


Léo Raz    

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