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Chronique: cela n’arrive qu’aux autres ?

Il n’y a pas si longtemps, nous regardions les conflits du grand continent voisin avec la condescendance des insulaires sûrs de leur différence. Ici, Dieu soit loué, le fihavanana nous protège de cette violence que nos voisins ne savent pas contenir. La justice populaire, le vol des ossements, les actes de barbarie que nous appelons faits divers modifient lentement le regard que nous portons sur notre société à la violence contenue … sauf sur nos boucs-émissaires traditionnels.

Cela n’arrive qu’aux autres ? Non.

Pour s’en convaincre rien ne vaut un détour chez « les autres », par exemple au Site-mémorial du Camp des Milles, camp français d’internement et de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale, qui propose un volet d’éducation citoyenne nécessaire parce que «l’expérience du pire est un repère éducatif fondamental».

Le Petit manuel de survie démocratique édité par La Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Education est une lecture bienvenue, même sur notre île protégée du pire. Il nous montre comment en trois étapes, on peut sombrer dans la barbarie.

Première étape : des crises sociales, économiques ou morales affectent la société et entraînent une peur de l’avenir, une perte de repères, des crispations identitaires et des démagogies agressives. «Vivant la même apathie que des millions d’autres individus, je laissais venir les choses. Elles vinrent.*»

Deuxième étape : les crises sont devenues hors de contrôle, les désordres et les agressions se sont intensifiés, les violences et les réactions sont immaîtrisables et on s’habitue à la violence.

 «Quand on ne sait pas qui on est, on est ravi qu’une dictature vous prenne en charge et, dès l’instant où on se soumet à un maître, à un texte unique, on devient fanatique.**»

Troisième étape : un régime de terreur se met en place. (…) Dans la société si l’on trouve beaucoup de complices, c’est finalement tout le monde qui est menacé par l’arbitraire et la délation.

«Il fallait faire attention au nombre de Tutsis qu’on embauchait. Alors on a fait attention.***»

Attention ! Il est si tôt trop tard.

Kemba Ranavela

*Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Souvenirs 1914-1933

**Entretien avec Boris Cyrulnik, Il y a une vie après l’horreur, Sophie Boukhari, Le courrier de l’UNESCO

***Bernard Taillefer, dirigeant des Banques populaires au Rwanda

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