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Chronique: fête des saints et fête des morts

Deux jours de suite on célèbre les disparus, si le premier jour on fête tous les saints, histoire de se rappeler à leur bon souvenir afin qu’ils intercèdent en notre faveur, le lendemain les prières revêtent une certaine ambiguïté : les croyants ne leur prêtent pas la présomption d’avoir été des saints sur terre ni celle d’avoir fini leur temps de purgatoire aussi ils prient pour le repos de leur âme, les peuplades favorisant les liens avec la nature cultivent elles des liens de proximité d’avec leurs morts en festoyant avec eux pour qu’en retour les disparus manifestent une bienveillance en faveur des leurs qui ont pris leur relais sur terre. Les mêmes ferveurs enflamment sous formes variées la communion avec les morts tant dans certains pays d’Amérique latine qu’à nombreux endroits en Afrique. Des traces de civilisation primitive comme aurait tendance à condamner une conclusion hâtive.

Souvent la considération que sous-tend la qualification de «primitif» prive les populations que l’on y englobe de toute possibilité d’élévation d’esprit. L’actualité du moment menace de cette dérive nombre de pays à travers le monde, quand on dit que la parole se libère comme l’a montré la campagne électorale au Brésil, c’est l’inverse qui se produit, une liberté à détruire les valeurs reconnues grâce au progrès réalisé par l’esprit. Lors de la fête des morts, les sociétés traditionnelles se défendent de juger les disparus, sauf acte qui a valu un bannissement ou autre malédiction, chacun des morts trouve grâce aux yeux des vivants et garde bonne place au sein de la communauté. La mort rabote les différences.

Il ne faut pas voir pour autant dans les sociétés traditionnelles la pratique d’un culte du passéisme. S’il faut s’arrêter à Madagascar, on ne peut que constater combien la jeunesse est avide de modernité au risque d’en perdre son identité, d’autant plus que les moyens ne suivent pas toujours les envies. Comment équilibrer moyens et désirs ? On ne saurait se leurrer lorsque l’on aura remédié au déséquilibre, on n’aura pas résolu le problème du choix des valeurs. Lors même qu’il existe un tableau des valeurs universelles, il est des valeurs secondaires qui parasitent la liste.

Il faut reconnaitre que les circonstances ne sont pas favorables aux populations des pays qui accusent un retard de développement. Les lumières de la modernité les éblouissent jusqu’à leur perdre les repères de leur culture sans pour autant parvenir à combler les écarts qui les séparent du progrès dont jouissent les populations des pays avancés. Le phénomène de migration de masse se manifestant actuellement à certains endroits du globe constitue une réaction à ce déséquilibre, les grands des grands pays peinent à trouver solution à enrayer la menace d’un bouleversement tectonique de la géographie humaine du globe. La situation insulaire ne suffit pas à épargner des effets pervers la population malgache. Des petits signes affectent déjà le pays : fuit qui peut ! Sans que l’on puisse parler d’une fuite de cerveaux on enregistre une tentation qui touche ceux qui ont la possibilité de faire leur nid ailleurs; le rêve de tenter leur chance sous d’autres cieux lors même que plane sur ces cieux la mauvaise réputation d’être des enfers (certains pays du Moyen-Orient) continue à ensorceler l’esprit de quelques désespérées et désespérés à survivre dans le pays. Ce ne sont pourtant pas les possibilités qui manquent à Madagascar, pour preuve nombreux étrangers y mènent l’aventure et réussissent leur projet, même s’ils se désolent à ne plus y trouver le bon-vivre tropical. La migration en ces terres d’avenir que sont les pays où les populations désespèrent du développement, épouse un sens différent du flux migratoire actuel en Europe et du déferlement de populations d’Amérique latine aux portes de l’Amérique du Nord. Au delà des gestes généreux de réserver accueil à des migrants qui sauvent leur peau, l’Europe n’a pas «vocation à accueillir toute la misère du monde», pareillement on ne saurait avoir de complexe et avoir peur d’être taxé de «xénophobe» si on venait à vouloir mieux réglementer les conditions d’accueil des expatriés. (Marrant le choix de vocable: là-bas on parle d’immigrés ici l’appellation diffère pour les qualifier d’expatriés).

Fête des saints et élection : parmi les 36 y-a-t-il une sainte ou un saint qui pourrait résister à l’appel des sirènes et se préoccuper un peu mieux du sort des citoyens sans devoir pour autant verser dans la xénophobie : faire obligation de préserver le droit des non-nationaux, d’assurer protection efficace à leur personne, à leurs biens, à leurs investissements. La contradiction à résoudre pour les gouvernants part d’un constat : l’ariary ne combat pas dans la catégorie des devises fortes, la domination de ces dernières dans le jeu des échanges sur terrain ne peut que contribuer à creuser les écarts, à mettre en marge une grande partie des citoyens.

 

Léo Raz

 

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