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Chronique: We too, et nous alors ?

Il y a quelques années, une sage-femme malgache nous expliquait la différence entre les femmes malgaches et les autres. Elle assurait que les femmes malgaches ne crient pas quand elles accouchent. Les autres en revanche, les Françaises et les Indiennes en particulier, n’ont aucune retenue. Or, s’il faut montrer de la dignité, l’accouchement est un moment idéal pour prouver qu’on sait ne pas jeter l’opprobre sur sa famille. Ici comme ailleurs, les femmes souffrent quand elles mettent un enfant au monde. Ici, ailleurs aussi peut-être, la douleur rassure la mère sur la santé et la vigueur du bébé qui va naître. Ici, comme dans des ailleurs encore très nombreux, une femme qui sait souffrir dans le silence pour ne pas importuner son entourage est une femme bien.

Dans quelques ailleurs très lointains, géographiquement du moins, cette image de la femme bien a été sérieusement écornée. Il y a un an, souvenez-vous : la déferlante «me too» commençait à faire bouger les lignes en Amérique du Nord et en Europe. Elle était suivie au Japon de « we too », onde plus discrète mais tout aussi surprenante. Ici, où nous sommes pourtant de plus en plus connectées, le téléphone intelligent vissé à la main pour ne perdre aucune miette de la vie de nos meilleurs amis :  rien, ou si peu, pas même une vaguelette.

On aimerait croire que protégés du vaste monde par le canal de Mozambique et l’océan Indien, nos hommes ont eu la chance d’être épargnés des influences néfastes des hommes étrangers. On aimerait croire que nos hommes, éduqués par des femmes fortes – la preuve, elles ne crient pas quand elles accouchent – savent ne pas importuner leurs sœurs, compagnes, épouses, filles, cousines, amies, voisines, camarades, collègues, employées, quand elles ne sont pas consentantes. On aimerait le croire. Mais on sait que dans leur foyer, au travail, au lycée, à l’université, dans le bus ou dans la rue, les femmes savent souffrir dans le silence pour ne pas importuner leur entourage, parce qu’elles sont des femmes bien.

 

Kemba Ranavela

 

 

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