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Serge Ramiandrisoa: « Le sport n’a jamais eu sa place à Madagacar »

Serge Ramiandrisoa: « Le sport n’a jamais eu sa place à Madagacar »

Invité de l’émission «Ambarao» sur Alliance 92, l’ancien président de la Fédération malgache de  tennis et ancien membre du Comité olympique malgache (Com), Serge Ramiandrasoa, n’a pas mâché ses mots sur la situation du sport à Madagascar, notamment  le manque de transparence en matière de gestion de la part de certains dirigeants. Il a répondu sans détour aux questions de Prisca Rakotomalala.

*Prisca Rakotomalala : Quand on dit sport, on parle de force, d’éthique, de discipline, de  performance, de victoire, de défaite… Et, si l’on constate l’évolution du sport à Madagascar, a-t-on évolué dans le sens de ces mots clés ?

-Serge Ramiandrisoa : Alors, je vous dis tout de suite que non. Tout simplement, car, cela fait à peu près quatre mandats olympiques, c’est-à-dire, 16 ans, que nous interpellons, que nous dénonçons les dérives de la gestion du sport à Madagascar.

* Pourriez-vous être plus explicite ?

-En 2004, lors des Jeux olympiques d’Athènes, tous les participants se sont engagés à respecter au pied de la lettre le code d’éthique olympique. Tout cela parce qu’en 2002, lors des Jeux de Salt Lake City aux Etats-Unis et durant des élections de la ville candidate avant 2002, un scandale énorme a éclaté au sein du Comité olympique international. Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais je peux vous dire que, suite à cette affaire, deux vice-présidents du CIO ont été radiés à vie.

*En sport, cela existe !

-En fait, cette balise qui a permis au CIO de prendre cette lourde décision, nous ne l’avons pas à Madagascar. Alors, sans cela, force est de constater certains comportements qui laissent à désirer de chacun, aussi bien des athlètes que des dirigeants, et dans n’importe quel domaine, pas seulement en sport.

* Parlons des anciennes gloires du pays qu’on a presque oubliées ou qui se sont fait oublier et pourquoi ?

-Nous avons créé une association des «anciennes gloires» qui est pour le moment en veilleuse pour diverses raisons. A vrai dire, le sport n’a jamais eu la place qu’il mérite dans le pays par manque de volonté politique qui, d’ailleurs, fait toujours défaut. C’est-à-dire que, les anciennes gloires ayant une expérience en la matière et marqué de leurs empreintes l’histoire du sport à Madagascar, sont laissées pour compte. Ceux qui arrivent au pouvoir font fi du passé  tout en agissant comme bon leur semble.

* Ce n’est pas le cas au niveau mondial !

– Les associations internationales et mondiales accordent toujours une place d’honneur aux anciens, symbolique mais d’honneur, en guise de reconnaissance de ce qu’ils ont fait pour leur pays et parce qu’ils peuvent servir également de balise pour les détenteurs de pouvoir. Si ces derniers mettent sur la touche les anciens qui savent de quoi ils parlent, c’est que leur présence va empêcher les dirigeants de faire leur bon vouloir. C’est vraiment très délicat pour nous, anciens, de nous imposer devant la situation actuelle.

*Mais acceptez quand même qu’il y a eu évolution tant au niveau des disciplines, des règlements ou même de l’approche technologique en matière de sport, et c’est peut être pour cela qu’on ne fait pas pour autant appel à vos expériences si on parle des anciennes gloires ?

– Durant vos mandats en tant que dirigeants, vous devez mettre la barre à un certain niveau. Après l’alternance, la nouvelle équipe devait maintenir ce cap, voire même le rehausser : «Plus haut, plus fort, plus loin», selon la devise olympique. Et où on en est actuellement ?

* Les disciplines individuelles font  plus de performance que les collectives, pourquoi ?

– Cela a été toujours le cas. A part peut-être la pétanque, beaucoup de critères entrent en compte comme le gabarit des joueurs dans les disciplines collectives, c’est tout à fait normal qu’on réussisse mieux en individuel.

* Le nombre des athlètes malgaches aux Jeux olympiques a-t-il connu une hausse ou une baisse, depuis ?

– Statistiquement après 2004, le quota de la délégation malgache aux Jeux olympiques a chuté vertigineusement. Nous avons des athlètes qui sont qualifiés d’office et les invités ou les wild card, comme on dit. A ce sujet, l’universalité du sport a pris tout son sens. Mais, à partir des Jeux de Beijing en 2008, le nombre d’athlètes qualifiés par rapport au nombre des wild cards et des invités ne fait plus photo. On a de moins en moins d’athlètes qualifiés que d’invités. En d’autres termes, notre niveau de performance ne correspond plus aux normes, au minima requis à l’échelle internationale.

*Qu’est-ce qui explique cette situation ?

– En fait, si le nombre des athlètes qualifiés aux Jeux ne cesse de diminuer, c’est la conséquence même de cette gestion désastreuse du sport. Je martèle encore que la volonté politique de mettre le sport là où il devrait être, n’existe pas à Madagascar. Il est indispensable d’avoir une politique bien définie et planifiée et que les gouvernants successifs donnent des moyens aux athlètes et aux fédérations sportives qui affichent leur ambition de porter haut le flambeau national

* Parlons un peu de la politique, si l’homme à la tête d’un Etat comme le nôtre change la donne et mise sur la jeunesse à travers le sport, pourrait-on espérer un changement?

– Il ne suffit pas d’avoir une intention ou des promesses électorales, il faut surtout les concrétiser. Il est primordial d’offrir aux athlètes un climat serein  dans leur préparation physique et morale. Les athlètes sont en perte de niveau parce qu’on ne leur donne pas les moyens nécessaires avant d’aller combattre à l’étranger. Quand on est sportif, avoir le moral est le plus important. Tant que notre gestion du sport n’est pas saine, ne permettant pas à ces athlètes de combattre dans la sérénité, il ne faut pas s’attendre à des miracles. En plus de cela, nous avons constaté ces dernières années l’ingérence du ministère de tutelle dans le domaine fédéral. C’est-à-dire qu’il y a eu des présidents des fédérations qui ont autorisé des ligues fantômes à élire leur président.

*Et pourquoi le sport à Madagascar se trouve dans cette situation ?

-Parce que l’association de tutelle, qui devrait servir d’exemple, est elle-même défaillante. Alors ne comptez pas sur les fédérations, les ligues, les sections ou les athlètes pour servir de modèles. Ils voient en leur dirigeant une image négative. Et quand on parle de manœuvre politique, ce n’est jamais bon pour le sport. Les politiques gèrent le sport comme leur propriété privée alors qu’ils devraient convenablement rendre des comptes en toute transparence. Est-ce qu’on est transparent ?

*Peut-on parler de fuite de cerveaux en sport?

-Fuite de cerveaux, c’est-à-dire qu’ils vont jouer en dehors de Madagascar. Ils jouent à l’étranger pour être plus performants, pour avoir un niveau assez élevé mais ils restent quand même des Malgaches. D’ailleurs, en ce moment, beaucoup de joueurs expatriés sont appelés au sein des Barea de Madagascar.

*L’exemplarité !

-Le code d’éthique des JO d’Athènes avait comme devise la bonne conduite contre les conflits d’intérêts, c’est-à-dire, contre le népotisme, le copinage et le clientélisme. Tant que nous ne saurons pas faire la différence entre juge et partie, car chez nous tout le monde est à la fois juge et partie, s’attendre à une évolution est une utopie. Ce code d’éthique bannissait les conflits d’intérêts.  L’exemplarité est la seule façon d’y arriver. Si nos dirigeants ne se singularisent pas dans leur exemplarité, il ne faudra pas s’attendre à mieux éduquer les citoyens, les  chrétiens, les sportifs…

 

Recueillis par Miarintsoa R.

 

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