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Chronique: salama e ! … vous dites ?

 

La conversation portait sur nos compatriotes du dehors. Tout le monde s’accordait sur un constat malheureux. Une fois à l’étranger, les Malgaches n’aiment pas qu’on les interpelle dans la rue en leur disant par exemple : «Vous êtes Malgache? Moi aussi ! Enfin… je viens de Madagascar et quand je vous ai vu, je me suis dit voici quelqu’un de chez moi qui sera content que je le reconnaisse comme l’un des miens». La réaction de nos compatriotes du dehors n’est pas plus amène quand, pour enfoncer le clou, on leur adresse la parole en malgache. Voilà donc le portrait que nous autres, qui vivons au-dedans de l’île, faisons de ceux qui nous ressemblent sans être tout à fait comme nous. Leur réticence à partager un moment de connivence entre gens de Madagascar nous chagrine plus qu’on ne voudrait l’admettre.

La réalité est à nuancer. Expatrié à Valparaiso ou à Vladivostok, le Malgache résiste rarement au plaisir de la conversation avec quelqu’un qui a foulé le sol de ses ancêtres. Les probabilités d’une telle rencontre sont si infimes qu’il ne refuse pas un échange qui a peu de chance de se reproduire dans un avenir proche.

Il en va tout autrement quand on vit à Paris, Bordeaux ou Toulouse. Entre les équipes de sport malgaches, les églises malgaches, les adresses malgaches (entendez celles où on sait trouver sambosa, lasary, voanjobory et autres brèdes mafana), les marchés artisanaux qui croulent sous les sobika malgaches, les associations qui récoltent des fonds, des livres et des vêtements pour les enfants malgaches, l’expatrié trouve, s’il le souhaite, de quoi s’ancrer dans le paysage sans trop souffrir de manimanina.

Adapté à son pays d’accueil, parfois même parfaitement assimilé comme le stipule le code officieux de l’immigration en France, notre compatriote du dehors reste interloqué quand, fraîchement débarqué d’Ivato, celui du dedans de l’île lui lance : « Salama e ! ».

Il faudrait demander à nos vahiny ce qu’ils se disent quand ils croisent un compatriote au supermarché. Nous serions sans doute déconcertés par leurs réponses.

Kemba Ranavela

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