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Chronique : Sambava ? Sahambavy ? Sambave !

«Où est moi ?», demande l’élève. Décontenancé par la formulation de la question, son camarade ne répond pas. L’enseignant vole à sa rescousse et, voulant faire de l’humour, s’écrie : «Tu suis là !». A la lecture de cet échange, on rit, un peu jaune sur la fin. Ce dialogue n’a pas été inventé pour la circonstance, il a bien eu lieu il y a quelques décennies dans une salle de cours du pays. Cette anecdote m’est revenue à l’esprit hier, quand un enfant m’a montré une photo et m’a dit : «Tu vois moi ? Moi est là». Sous la phrase, bancale en français, c’est l’ordre des mots en usage en malgache qui affleure.

On pourrait relever quantité de ces formules qui ne font pas toujours rire et qu’on finit toujours par comprendre, moyennant la petite gymnastique linguistique qu’on pratique au quotidien, même quand on sait dire «je suis là». Parce qu’il arrive un jour où, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, on jongle d’un ordre des mots à un autre sans s’en rendre compte. C’est vrai, essentiellement quand on a le malgache pour langue maternelle. Quand le malgache est la langue de l’Autre, très souvent il reste la langue de l’autre.

C’est ainsi que le quartier d’Analakely se transforme chez de nombreux vahiny en un charmant «analakell’» parce qu’on leur a dit un jour qu’on ne prononce pas les voyelles finales en malgache. C’est ainsi qu’on s’étonne, en français par exemple, que la capitale de la vanille et celle du thé portent le même nom … du moins à l’oral.

Un jour, bientôt, l’enfant qui me disait «moi est là» saura me demander : «Tu me vois, là, sur la photo ?». Il le saura parce que quelqu’un aura pris la peine de lui proposer une formulation conforme à l’usage. Le vahiny en revanche ne saura sans doute jamais que, si on ne les accentue pas toutes,  on prononce bel et bien les voyelles finales en malgache. Il ne le saura pas parce qu’on aura oublié de le lui expliquer, le laissant à peine moins ridicule que l’élève qui demandait : «Où est moi ?».

Kemba Ranavela

 

 

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