Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Flash
Préc Suiv

Reformes économiques : Le FMI affiche un optimisme prudent

Reformes économiques : Le FMI affiche un optimisme prudent

Le Fonds monétaire international (FMI) note des signaux positifs concernant les réformes engagées dans la deuxième revue du programme appuyé par la Fec, signé en juillet 2016. Madagascar devrait toutefois garder une certaine prudence concernant quelques points. Entretien avec Patrick Imam, représentant résident du FMI à Madagascar.

*Les Nouvelles : Le décaissement de la troisième tranche de la Fec vient d’être approuvé par le Conseil d’administration du FMI. Pourriez-vous apporter plus d’explications sur la poursuite des réformes dans cette deuxième revue du programme soutenu par la Fec ?

-Patrick Imam : Effectivement, une mission au titre de la 2e revue du programme de réformes économiques et structurelles, soutenu par la Fec, a eu lieu au mois de septembre. Cette mission a eu pour objectif de faire une évaluation des performances du pays sur les résultats obtenus, fin juin de cette année. Sur la base de cette évaluation, il a été constaté que «les réformes se sont bien poursuivies depuis la 1ère revue et le pays continue d’enregistrer de bons résultats dans l’ensemble». Tous les critères de performances quantitatifs assignés au programme ont été atteints de même que la plupart des repères structurels identifiés.

Ces résultats positifs ont été soumis pour examen aux membres du Conseil d’administration du Fonds qui, cette fois-ci, ne se sont pas réunis d’une manière formelle mais ont plutôt eu recours à la procédure dite de défaut d’opposition. Ainsi, les membres du Conseil d’administration viennent de donner leur approbation aux conclusions de la seconde revue. Ce qui a conduit au décaissement de la 3e tranche de la Fec, évalué aux environs de 31 millions de DTS, soit à peu près 45 millions de dollars. Ceci porte à 125 millions de DTS, soit environ 176 millions de dollars, le total de décaissement effectué au titre du programme depuis son approbation initiale au mois de juillet de l’année dernière.

*Qu’en est-il du respect des engagements de l’Etat malgache dans le cadre de cet accord ?

-Comme je viens de le mentionner, l’Etat malgache a continué de respecter les engagements qu’il a pris dans le cadre du programme de réformes soutenu par la Fec. Tous les critères de performances quantitatifs ont été observés, fin juin, avec les critères sur les avoirs extérieurs et avoirs intérieurs nets qui ont été atteints avec une certaine marge. Il en est de même pour les repères structurels où sept des neufs repères établis ont été pleinement observés tandis qu’un l’a été mais avec un certain retard. Les principales réalisations incluent l’intégration des plans de dépenses sectorielles de l’éducation et de la santé dans le cadre du budget à moyen terme, la mise en place de l’Unité de politique fiscale et l’extension de l’utilisation des contrats de performance de la Douane.

*La faible capacité d’absorption fait partie des risques à tenir compte pour pouvoir assurer les réformes prévues. Pour le FMI, quelles pourraient être les raisons de cette situation ?

– Pour ce qui est de la question de l’absorption de l’aide, Madagascar effectivement connaît certains problèmes qui limitent l’utilisation des aides reçues. La situation peut varier d’une institution à une autre mais, dans l’ensemble, des marges de manœuvre pour une amélioration sont disponibles. Les facteurs limitant la capacité d’absorption sont nombreux et relèvent à la fois des autorités mais également des partenaires techniques et financiers. Du côté des autorités, il y a notamment les lourdeurs administratives, la faible capacité technique dans la mise en œuvre des projets, qui retardent la mise en œuvre et donc, le décaissement correspondant.

Il y a également les obstacles liés aux aspects financiers et ressources humaines qui se traduisent notamment par la difficulté pour les autorités d’honorer parfois les contreparties financières qui sont à leur charge concernant la mise en œuvre d’un projet. Du côté des partenaires, il y a les lourdeurs liées aux procédures propres de chaque bailleur qui peuvent être très longues et sur lesquelles les autorités n’ont aucune influence. A cela s’ajoutent les différentes conditionnalités associées à chaque décaissement, lesquelles peuvent se révéler pénalisantes si elles ne sont pas respectées à temps. Il y a aussi la différence au niveau du cycle de programmation qui fait que le calendrier des partenaires ne coïncide pas toujours avec celui du budget national. Et, enfin, on notera les facteurs dits transversaux, telle la situation économique ou la situation politique du pays, qui influe également sur le rythme et le niveau de décaissement. Une mauvaise gestion des politiques économiques ainsi que des affaires publiques ou une instabilité politique peuvent être des facteurs désincitatifs des décaissements.

Une amélioration de la capacité d’absorption passe donc par la recherche de solutions à tous ces facteurs. Et cela est d’autant plus nécessaire et urgent vu que Madagascar table sa stratégie de croissance économique et de réduction de la pauvreté sur une augmentation massive des investissements, dont l’essentiel sera financé par les financements extérieurs ainsi que les investissements directs étrangers.

*Il en est de même sur le risque d’instabilité politique pour 2018, l’année électorale. Comment voyez-vous cette année qui va venir vu la situation sociopolitique qui prévaut dans le pays actuellement ?

– Sur le plan purement économique, et sans tenir compte des aspects politiques, les perspectives s’avèrent être positives, avec un taux de croissance projeté à plus de 5% à partir de 2018, grâce à l’augmentation massive des investissements, le rebond dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme et des industries légères. Après l’accélération de cette année, il est également projeté que l’inflation restera stable à un chiffre sur les prochaines années.

Par ailleurs, avec les efforts qui sont déjà menés et qui doivent encore être faits, les recettes de l’Etat devront continuer à augmenter tandis que de plus en plus d’espaces budgétaires pourront être consacrés aux dépenses prioritaires d’infrastructure et sociales. Et ce, grâce aux efforts fournis pour améliorer la composition des dépenses à travers les réformes destinées à redresser les entreprises publiques ou encore celles visant à réduire le déficit de la caisse de retraite et à éliminer les subventions aux pétroliers. A cela s’ajoute, une gestion efficace de la dette afin de maintenir cette dernière à un niveau soutenable. Dans l’ensemble, toutes ces mesures mettent le pays sur une trajectoire économique et s’annoncent viables et bénéfiques aux efforts sur la réduction de la pauvreté, en jetant les bonnes bases nécessaires pour se faire. Mais, il est indispensable de consolider les résultats obtenus jusqu’ici.

* C’est-à-dire ?

– Pour que cela se matérialise, cependant, la stabilité politique s’avère être un élément essentiel dans la mesure où son absence pourrait remettre en cause tous les efforts ayant été déjà fournis. Malgré le fait que Madagascar ait organisé une élection démocratique à sa sortie de crise en 2014, une certaine effervescence politique a toujours été observée et la situation politique semble demeurer tendue. Et le risque est que cette tension ne fait que s’accroître au fur et à mesure que le pays s’approche de l’élection présidentielle. L’élection sera donc un tournant crucial qui décidera de son avenir, non seulement sur le plan politique mais également sur le plan économique et social. Si l’élection se déroule correctement, le pays pourra poursuivre son chemin vers le développement. Sinon, le risque est que le pays plongera dans une autre crise qui le fera reculer de nouveau. Or, vu la situation de pauvreté extrême, Madagascar ne pourra plus se permettre une telle crise qui aura des effets dévastateurs économiquement et socialement.

En tant qu’institution apolitique, nous ne disposons ni de l’expertise nécessaire ni du mandat pour délivrer des appréciations sur la situation politique actuelle et comment faire pour mener à bien cette étape importante. Mais nous faisons confiance aux autorités malgaches pour prendre les dispositions idoines pour faire de cette élection une réussite, en se déroulant dans les meilleures conditions possibles, de façon à ce que les résultats soient acceptés par tous. C’est uniquement de cette manière, que les futurs dirigeants auront la légitimité requise pour diriger le pays et les dirigeants, la sérénité requise pour se consacrer vraiment aux agendas économiques et sociaux du pays.

*Concernant la corruption qui a toujours été un point faible pour Madagascar. Du point de vue du FMI, les réformes engagées sont-elles satisfaisantes ?

– De prime abord, il faut reconnaître que la lutte contre la corruption est une lutte qui s’avère difficile, étant donné que l’on remet en cause des mauvaises pratiques fortement enracinées dans le système depuis des années ainsi que les nombreux intérêts des personnes qui s’y adonnent. Depuis quelques années maintenant, Madagascar a affiché sa volonté de lutter contre ce fléau et ce, à travers l’adoption de la nouvelle stratégie contre la corruption. Et c’est une stratégie qui a commencé à être mise en œuvre, notamment à travers le renforcement des arsenaux juridiques à la disposition des différentes entités en charge de la lutte contre la corruption. On note également le début de poursuites pénales de grandes personnalités impliquées dans des actes de grande corruption, qui, trois ans passés, seraient quelque chose que l’on ne pouvait même pas imaginer.

Bien que toutes ces initiatives constituent déjà des avancées positives, beaucoup plus de résultats sur le terrain sont également attendus, notamment en appliquant les lois qui existent déjà et celles qui sont en cours d’adoption. Et pour le moment ces résultats semblent encore minimes au regard de ce qui peut se faire. En effet, les lois existantes permettent déjà d’obtenir des résultats et il est maintenant important de les appliquer. Je dirai que les résultats seront satisfaisants lorsque les perceptions de la population sur la corruption ou autres indicateurs de bonne gouvernance sur le sujet et sur le pays commenceront à s’améliorer.

*Est-ce que ces réformes sont suffisantes pour réduire ce fléau qui touche la quasi-totalité des secteurs d’activités à Madagascar ?

– Quant à dire si les réformes entamées jusqu’ici sont suffisantes ou pas, il est difficile de le dire sans qu’il y ait déjà une mise en œuvre concrète de ces réformes dans leur ensemble. C’est seulement de cette façon qu’on verra les lacunes des outils existants et que le gouvernement pourra y apporter les compléments nécessaires. Par ailleurs, les réformes dans ce domaine devront être dynamiques si les fraudes ainsi que les pratiques de corruption évoluent dans le temps. Par conséquent, les réformes devront être adaptées en fonction pour demeurer effectives.

Propos recueillis par Riana R.

Les commentaires sont fermées.