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Chronique : idées courtes à l’égal de la petitesse du chantier

Le projet d’une révision de la constitution remue actuellement la classe politique autant qu’il bouleverse l’opinion. On ne saurait toutefois qualifier de grand chantier cette initiative limitée à limer un ou deux articles. Tout juste un petit labour par lequel on espère ameublir le terrain facilitant un passage en force, présentant à l’inverse le risque de creuser une pente glissante dérivant vers une sortie de route. Normale l’apparition des signes de fébrilité en si mauvais chemin, cependant aussi inutiles  que les coups de volant brutaux pour sortir d’une ornière, les idées courtes ne participent qu’à enliser davantage dans la vase.

Idées courtes, celles qui traversent en éclair l’esprit, esprit que l’on pense par excès de suffisance source de traits de génie alors que l’on n’y puise que des idées qui sitôt dites, si vite éclatent en bulles.

Après tout, rien ne dit que l’invite à la cantonade lancée aux pieds levés à propos d’une organisation de débat sans exclusive autour d’un article de la constitution, n’était pas qu’un ballon d’essai. Toujours est-il qu’à peine lancé avant de produire effet, le ballon a éclaté en vol. Courte durée de vie sans le temps de prendre de la hauteur n’ayant permis d’avoir qu’une courte vue.

L’opinion est suffisamment avertie à propos de ces assises pour consultation et concertation en vue de donner une teinte démocratique à des décisions hasardeuses. Les groupements patronaux sont guéris des consultations qui n’ont de suite que des dispositions contraires à ce que l’on a convenu lors de ce genre de rencontre. Les journalistes eux aussi ont appris à leurs dépens d’avoir à se méfier des

prétendues concertations n’ayant de dessein qu’à servir d’alibi en justification d’une trahison des idées. Ainsi d’un ton faussement naïf, la malhonnêteté a pu s’enquérir de la raison qui a provoqué une levée de bouclier contre le « code de communication », alors que des représentants de la profession (patrons de presse et journalistes) ont participé à la confection du projet. Immonde aplomb ! Cette attitude omet le caviardage sauvage opéré dans les coulisses sur le texte initial, caviardage ayant transformé le texte en une rédaction infecte, et réussi à faire loi une version scélérate avec soi-disant l’assentiment voire la bénédiction des professionnels.

Le piège à la moire moelleux a vite fait de tourner court. Ne tiennent plus debout les assises que l’on baptise à l’avance inclusives et que pourtant on sait pertinemment exclure une majorité de la population. L’invite concernait le débat relatif à un article, en réalité la présence à cette fausse grand’messe devait servir uniquement à obtenir un acquiescement tacite indirect au principe même d’entreprendre une révision : on ne débat pas du contenu de l’objet si l’on ne consent pas à sa tenue.

Foin désormais le recours à ces tromperies que sont les organisations de larges consultations dites populaires pour faire croire à une pratique démocratique. L’Etat possède toute une structure assurant un fonctionnement démocratique la vie publique, qu’est-il besoin de doubler par des rafistolages de type informel les institutions existantes.

Toutes les organisations de concertation informelles qui jalonnent les périodes de difficulté sont autant de coups de canif discréditant le système républicain sur lequel repose le mode de gouvernance de l’Etat. Le président de la République et le gouvernement constituant l’exécutif n’ont pas autorité à convoquer une quelconque réunion empiétant sur les pouvoirs du législatif, le législatif étant la seule institution détentrice de l’autorité à débattre au nom du peuple. Dans la logique, seul le parlement et sûrement uniquement l’Assemblée nationale aurait pouvoir d’élargir le théâtre du débat en étoffant d’éléments externes au nombre plus ou moins conséquent, l’ensemble des débatteurs que sont les députés, étant bien entendu que seuls ceux-ci ont voix délibérative.

Plus le temps avance et plus se multiplient les idées se voulant astucieuses dans l’intention de justifier l’opportunité du projet de révision, mieux s’organise la riposte par l’apparition chaque jour d’arguments de poids convainquant de l’inanité du procédé actuel. Déjà au départ, acteurs politiques, observateurs de la vie publique et une forte majorité de l’opinion, partagent le constat sur la médiocrité de la constitution, aussi un sérieux toilettage ne constituerait pas un luxe. Il n’y a pas de raison que l’on privilégie la révision de telle ou telle seule disposition et que l’on précipite le processus sur simple lubie d’une personne ou d’un groupe. A ce propos, il est peut-être justement besoin d’une consultation des diverses tendances. Par ailleurs il est acquis que les élections doivent impérativement se tenir aux échéances conformes au calendrier constitutionnel, aujourd’hui apparaît un argument que l’on ne saurait entreprendre la révision qu’après les élections. Les élections doivent se dérouler en décembre 2018, dans treize mois, la procédure de révision pour être honnête demande quelques six mois, de leur côté pour être morales les règles du jeu régissant les élections exigent d’être connues au moins un an à l’avance… Morale et honnêteté (valeurs que l’on tend davantage à réciter qu’à pratiquer) constituent les gages d’une bonne gouvernance. Pour une petite révision, on ne va quand même pas une fois encore tenter d’en faire l’impasse.

Léo Raz

 

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