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Chronique : uniques peut-être mais pas seuls au monde

Nous sommes uniques : un métissage original, exceptionnel produit de rencontres inédites ailleurs, une langue austronésienne encerclée par les bantous et les créoles, une grande terre trop vaste pour qu’on se sente proches des autres îliens mais trop étroite pour qu’on respire comme sur un continent… Oui, nous sommes uniques, les anthropologues et les linguistes confirment tous les jours ce que nous ressentons comme une évidence. Cette singularité n’empêche pas quelques ressemblances troublantes avec nos voisins des petits cailloux de l’océan Indien mais aussi, c’est encore plus troublant, avec des pays beaucoup plus lointains.

 Dans un article publié en juillet dernier dans le Mint de New Delhi, Manu Joseph décrit ses compatriotes à l’aune de la circulation et du «chaos civique» qui rassurerait les Indiens. Les Indiens raffinés (sic), affirme Manu Joseph, «ont concocté des idées romantiques sur leur amour du désordre pour camoufler ce qui les tourmente vraiment dans le monde développé : l’effondrement de la hiérarchie sociale dans l’espace public. Dans ces rues, ils ne sont plus l’élite». L’auteur nuance son propos en constatant que les pauvres sont aussi «quelque peu désorientés par l’ordre quand ils se retrouvent dans une économie avancée» et que «les Occidentaux, y compris ceux qui sont sobres, semblent trouver un sens dans le chaos qui règne ici». Ici, c’est l’Inde bien sûr mais cela ne vous rappelle-t-il pas un ici autrement plus proche ?

Manu Joseph poursuit : «Il peut y avoir une certaine beauté dans le désordre, quelque chose qui séduit l’idée de liberté innée chez

l’être humain. Le désordre a ses inconvénients mais il permet aux Indiens d’échapper à l’ennui d’être universels». Mince alors… Serions-nous Indiens, nous aussi ?

Au lieu de vanter notre nature cinq étoiles et notre peuple à nul autre pareil, nous devrions reprendre cette dernière phrase pour en faire un slogan politique, et touristique, parce que c’est très précisément ce que nous ressentons sans oser le dire ouvertement aux bailleurs de fonds et aux amateurs du petit-déjeuner international, vous savez, marmelade d’oranges et croissant chaud au fin fond de la brousse.

Kemba Ranavela

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