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Chronique : tenter sa chance en courant des risques

Avoir la chance de gagner en acceptant les risques de perdre, telle est la règle du jeu dans tout pari. Si le jugement est partagé entre acceptation et condamnation de laisser au hasard la possibilité de décider d’un sort, en dernier ressort la liberté du choix concerne seul l’intéressé.

La traite des esclaves et celle dite des blanches n’ont pas laissé ce choix aux victimes enlevées de force. Ainsi n’est pas le cas de ces femmes malgaches qui acceptent de s’expatrier soit pour un emploi précaire soit pour se marier à un quelconque inconnu en pays lointain. En majorité, elles en savent les risques lors même que l’on peut croire qu’elles en évaluent mal la réalité. A l’inverse, elles n’ont rien à imaginer pour prendre la mesure de ce qu’elles perdent, un quotidien aux horizons bouchés sans une moindre perspective enchanteresse.

Les pouvoirs publics ont pris la décision d’interdire le droit de courir le risque du danger de s’expatrier en pareilles conditions. C’est une décision politique qui relève de la responsabilité du pouvoir ayant obligation de protéger des dangers les personnes et les biens. Toutefois, il ne suffit pas d’interdire ce risque, encore faudrait-il en compensation permettre la possibilité de sortir d’une situation dont témoignent du danger et de l’indignité à vivre les conditions dans lesquelles on enferme une majorité de la population. Ces personnes tentent de s’expatrier, sachant bien le danger que l’aventure leur réserve (au moins en raison de la clandestinité dans laquelle on organise leur sortie du pays), ne se font aucune illusion sur ces pays du Moyen-Orient ou de l’Asie. Elles n’ignorent pas que plus qu’à représenter des édens ces pays pourraient présenter pour elles un enfer. Enfer pour enfer, elles préfèrent quitter celui qu’elles vivent. Seule la situation géographique du pays a épargné à la population de se faire prendre dans la houle d’immigration qui draine par vagues les affamés du Sud vers le Nord. Il ne faut pas croire que les gens du Nord ne sont pas malins. Même si l’invasion par des hordes de miséreux venus de Madagascar ne les menace pas, il y a longtemps qu’ils ont pris les devants en ne distillant qu’à compte-gouttes mêmes de simples permis de visiter leurs pays, même à des «pas tout à fait miséreux».

Ce n’est ni à la gloire ni à l’honneur des gouvernants : le fantasme public d’un ailleurs l’a emporté sur la résignation de se sentir bien chez soi, dans un pays dont on chantait auparavant le bonheur d’y vivre.

Léo Raz

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